Depuis février 2022, la guerre en Ukraine fait la une de l’actualité. Si l’enjeu russo-ukrainien est majeur, cela s’explique également, car ce conflit ne concerne pas uniquement l’Ukraine, mais affecte l’équilibre des relations internationales. Il met en jeu l’équilibre des forces entre la Russie et ce qu’on appelle “l’Occident“, soit l’ensemble formé par les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés. Au centre de ce bras de fer se trouve l‘OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), alliance militaire créée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Mais face aux difficultés de l’Occident à faire cesser le conflit se pose la question de l’influence de l’OTAN et ses alliés, est-elle en déclin?
L’OTAN, héritage de la Seconde Guerre mondiale et pilier de l’influence occidentale
L’OTAN1 existe depuis 1949 et avait, à l’époque, pour vocation de protéger l’Europe contre une agression soviétique. Nous sommes alors aux prémices de la Guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. À l’origine, l’organisation comptait douze pays, les signataires du traité de Washington. 2 C’est la naissance d’une alliance politique et militaire sans précédent. Composé de 14 articles, le traité de Washington repose sur un principe central : la défense collective.
Ainsi l’article 5 :
« Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, (…) si une telle attaque se produit, chacune d’elles (…) assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt (…) telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. »
Après 1991 et la fin de la Guerre froide, l’alliance s’est élargie avec l’entrée des pays d’Europe de l’Est et plus récemment encore la Finlande et la Suède, qui sont entrés face à la menace d’invasion russe (suite à la guerre en Ukraine). Aujourd’hui, l’OTAN compte 32 membres.
L’Ukraine est candidate, mais pas encore membre, à cause de la crainte d’une escalade militaire directe avec la Russie (la guerre en Ukraine deviendrait alors un conflit mondial au vu de l’article 5).
L’influence occidentale : réelle, mais mise à l’épreuve pas la guerre en Ukraine
Une influence toujours présente
Les pays occidentaux avancent à premier abord un front uni contre la Russie. Depuis l’invasion russe, ils ont réagi en adoptant toute une série de sanctions économiques très dures à l’égard de la Russie : gel des avoirs de banques et d’oligarques russes, embargo sur une partie du pétrole et du gaz, interdiction d’exporter certaines technologies, etc. Ces mesures sont principalement le fait de l’Union européenne et des États-Unis et suggèrent que l’Occident et l’OTAN conservent une capacité de coordination et d’action collective.
À cela s’ajoute un soutien financier et militaire essentiel à l’Ukraine. Volodymyr Zelensky a réalisé maintes tournées afin de motiver les chefs d’États occidentaux à toujours plus l’aider. En janvier 2023, par exemple, les États-Unis et la France ont livré des chars légers et le chancelier allemand a fait livrer 14 chars de type « Leopard 2 ». C’est un tournant politique en Europe, puisque l’Allemagne a renoncé à sa traditionnelle politique de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale (soit de ne pas s’engager même indirectement dans un pays en guerre). Ces livraisons ont joué un rôle déterminant dans la capacité de l’Ukraine à poursuivre sa résistance militaire.
Pour l’Europe et les États-Unis, une défaite ukrainienne représenterait un risque stratégique important. Une victoire pourrait signifier l’invasion d’autres pays européens par la Russie, et donner à la Russie un poids géopolitique bien trop important (on rappelle que l’Ukraine est une terre très riche en ressources (blé) et en métaux rares, essentiels pour le numérique).
Une influence qui connait des limites
Cependant, cette aide occidentale a ses limites. Cela fait maintenant trois ans que la guerre a commencé, alors que Vladimir Poutine pensait la terminer en quelques mois, voire semaines. De plus, les Occidentaux font face à des conflits internes (désaccords sur les dépenses militaires, notamment au niveau de l’OTAN, Donald Trump souhaite que les pays de l’alliance s’engagent davantage3 ). L’économie russe a montré une capacité de résilience supérieure à celle anticipée par de nombreux observateurs. Enfin, en dépit des milliards d’euros et de dollars envoyés à Kiev4, l’Ukraine peine à reprendre du terrain.
Une influence contestée par de nouveaux acteurs
L’OTAN et l’occident ne sont plus seuls au centre des négociations, la Chine cherche à se positionner comme un acteur diplomatique alternatif (bien qu’elle soutienne indirectement la Russie en achetant son énergie et en lui fournissant des composants). En février 2023, elle a proposé un plan de paix en 12 points. Pour la Chine, c’est l’occasion d’affaiblir l’influence américaine, contre qui elle voue une guerre économique depuis 2018.
De même, l’Inde a profité des sanctions occidentales pour multiplier ses achats de pétrole (x20), à bas prix, à la Russie. Si elle ne prend pas clairement parti, elle cherche tout de même à défendre ses propres intérêts et met par là à mal les sanctions européennes.
L’influence occidentale, autrefois dominante sur la scène internationale, est aujourd’hui contestée. D’ailleurs, de nombreux pays du Sud global perçoivent le conflit ukrainien avant tout comme une crise européenne, ce qui limite leur engagement direct.
Conclusion
La guerre en Ukraine met en lumière les transformations profondes de l’ordre international contemporain. Si l’OTAN et l’Occident conservent une capacité d’influence réelle, notamment à travers leur soutien militaire, économique et diplomatique à l’Ukraine, cette influence apparaît aujourd’hui davantage contestée et limitée qu’auparavant.
L’émergence de nouveaux acteurs majeurs, tels que la Chine et l’Inde, ainsi que l’attitude plus distante de nombreux pays du Sud global, témoignent d’un monde de plus en plus multipolaire, dans lequel l’Occident ne peut plus imposer seul ses priorités.
Dans ce contexte, l’OTAN est confrontée à la nécessité de renforcer sa cohésion interne et d’adapter ses stratégies aux nouvelles réalités géopolitiques. L’avenir du soutien à l’Ukraine dépendra en grande partie des choix politiques des États membres, en particulier des États-Unis, et de la capacité de l’Europe à assumer un rôle plus affirmé sur la scène internationale.
- Pour en savoir plus sur l’OTAN, consulter ce lien. ↩︎
- Les États-Unis, le Canada, la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark, la Norvège, l’Islande, l’Italie et le Portugal. ↩︎
- C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle l’Allemagne a fait livrer en premier lieu des chars à l’Ukraine, elle voulait s’assurer de la protection américaine. ↩︎
- Les États-Unis ont donné plus de 75 milliards de $ d’aide (armes, munitions, soutien économique) et l’UE et ses États membres 85 milliards €. ↩︎







