La sociologie de l'expérience

La sociologie de l’expérience

À lire dans cet article :

Un article expliquant ce qu’est la sociologie de l’expérience en montrant son utilité à travers un exemple concret.

La définition de la sociologie de l’expérience

La sociologie de l’expérience est une branche de la sociologie qui se concentre sur l’expérience vécue des individus dans le cadre de leur vie sociale. Elle cherche à comprendre comment les individus interprètent, ressentent et donnent du sens à leurs interactions quotidiennes, ainsi qu’à leurs expériences plus larges dans le contexte de la société dans laquelle ils évoluent.

Cette approche met l’accent sur la subjectivité des expériences individuelles et sur la manière dont celles-ci sont influencées par des facteurs sociaux, culturels et historiques. Elle reconnaît que les expériences individuelles ne sont pas simplement le produit de choix individuels, mais sont également façonnées par des structures sociales plus larges, telles que les normes, les valeurs, les institutions et les rapports de pouvoir. En bref, la sociologie de l’expérience tente de saisir la part d’autonomie des acteurs dans un contexte social donné.

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Une application concrète de la sociologie de l’expérience

Le cas de l’expérience scolaire

L’expérience scolaire est un cas habituel permettant d’apporter une analyse profonde des comportements sociaux des individus. En fait, les élèves n’apparaissent pas tant comme des acteurs qui suivraient des logiques préétablies que comme des sujets (influence de Tourraine) qui doivent se construire et se définir au cours d’épreuves (expériences) successives vécues dans le cadre de l’École.

Il utilise le concept de « logiques d’action » pour décrire comment les expériences individuelles se construisent entre des conditions de vie déterminées et la marge de manœuvre des acteurs. Trois logiques d’action se dégagent : l’intégration, la subjectivation (donner du sens par la mise à distance des rôles imposés), la stratégie qui vont se combiner de façon variable pour les élèves selon le type d’établissement, les filières suivies, le cadre social (rural/urbain, quartier, milieu social, etc.), l’ensemble de la biographie scolaire.

Jusqu’au début des années 1990, la sociologie de l’École se partage entre deux visions, celle de Bourdieu et de l’habitus et celle de Boudon et des stratégies d’acteurs rationnels.

Puis, à cela s’ajoute la pratique de Dubet. Ce dernier décide de partir « du terrain », du vécu des élèves, en développant des enquêtes d’intervention sociologique (relatées par exemple en 1991 dans « les lycéens »), et en tirant parti de son expérience de professeur d’histoire-géographie en collège au milieu des années 1990.

Au fur et à mesure de ses travaux sur les jeunes de banlieue et sur l’expérience scolaire, cet auteur s’est rendu compte que les conduites individuelles ne sont ni totalement déterminées par les conditions de vie (les capitaux) ni totalement guidées par des choix individuels et familiaux (calcul individuel).

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La remise en cause des « figures lycéennes »

Pierre Bourdieu identifie deux groupes : d’abord, les « héritiers » issus de milieux favorisés avec des parents eux-mêmes diplômés ; puis, les « boursiers » issus de milieux populaires en situation de réussite scolaire et qui incarnaient pleinement la méritocratie. Le reste de la population scolaire était destiné à entrer précocement sur le marché du travail.

François Dubet décrit des lycéens qui « se répartissent au long d’une hiérarchie allant d’une forte maîtrise de l’expérience scolaire au sentiment d’aliénation. » Ainsi, il y a, d’une part, les « vrais lycéens » en général scolarisés dans les lycées prestigieux des très grandes villes et de l’autre côté, il y a les « bons lycéens » en général scolarisés dans des lycées moins réputés ou dans des villes moyennes.

Dans ces visions, les deux premiers groupes ont une certaine maîtrise de l’expérience scolaire, ils peuvent donner du sens soit aux disciplines enseignées en tant que telles, soit aux diplômes délivrés par l’institution scolaire. Dans ce milieu, la notion de compétition (à travers l’évaluation) et de stratégie (choix des filières/ options) peut y être forte.

À l’opposé, il y a un nouveau groupe « les futurs ouvriers », qui se constitue à partir des années 1980 / 1990. Ce dernier se forme parce que les générations précédentes étaient précocement insérées sur le marché du travail. C’est particulièrement le cas des élèves qui préparent un baccalauréat professionnel. Ces lycéens vivent pour la plupart une « expérience éclatée » : orientation par défaut (ou par l’échec), il n’y a pas ou peu de comportements stratégiques. L’utilité des études est perçue comme faible et on donne peu de sens aux connaissances transmises. Le sentiment d’être dans des filières de relégation prédomine, la « vraie vie » est ailleurs, à l’extérieur du système scolaire (groupe de pairs).

Au fil du temps, entre ces deux groupes extrêmes, de divers groupes se forment, mais un groupe central attire l’attention que François Dubet, dans les années 1990, il le nommera les « nouveaux lycéens » : issu de la frange inférieure des classes moyennes ou des classes populaires, sa « localisation » est plus diffuse dans les établissements scolaires généraux ou technologiques. Leurs parents ne sont pas allés au lycée et ont une faible maîtrise des codes scolaires du lycée.

Ce sont eux qui forment l’essentiel de la massification scolaire et de l’augmentation du nombre de bacheliers à partir de la fin des années 1980, massification qui s’est étendue aux études supérieures. L’obtention de diplômes est perçue comme indispensable et simultanément l’expérience est marquée par l’incertitude des gains scolaires dans un contexte de dévaluation des diplômes sur le marché du travail. L’utilitarisme prédomine plutôt que l’intérêt pour les disciplines enseignées.

Dubet s’interroge aussi sur les enjeux de cette massification, il emploie le terme de « démographisation scolaire » en lieu et place de celui de démocratisation scolaire pour mieux souligner un déplacement des inégalités scolaires à des niveaux d’études plus élevés plutôt qu’une réduction de ces inégalités.

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