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Les deux grandes vagues de mondialisation financière

À lire dans cet article :

Un article qui s’attardera principalement sur les différences entre les deux grandes vagues de mondialisation financière : la première datant du XIXe siècle, puis celle des années 1990.

La courbe en U, qu’est-ce que c’est ?

Comparer la première et la seconde mondialisation financière est une entreprise fructueuse, permettant de constater combien certains phénomènes – comme les crises financières – ont eu des précédents historiques. Les premiers travaux universitaires comparant les deux mondialisations datent des années 1990. Ils faisaient le constat de la « courbe en U », avec un retour à la fin du XXe siècle à un niveau d’intégration financière de 1914. Mais l’intégration financière des années 2000 s’est prolongée de manière tellement rapide que certains auteurs parlent de « courbe en J » aujourd’hui. La crise financière de 2007-2008 a stoppé cette progression, mais le degré d’intégration demeure largement supérieur à celui des années 1990. Ainsi, lévolution de la mondialisation financière au cours des vingt dernières années semble inédite.

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La place de la livre sterling dans la première phase de mondialisation

La première phase de mondialisation financière prit place dans un contexte où la livre sterling était la monnaie dominante et où les principales monnaies étaient liées à l’or par des taux de change fixes. La confiance dans l’or, la stabilité des prix et des changes étaient des facteurs décisifs du développement des transactions financières internationales de cette époque. Il n’y a rien de tel dans la phase actuelle. Le dollar est la principale monnaie de réserve, mais sa valeur n’est pas garantie à l’or. Certains pays ont des régimes de changes fixes, d’autres flottants.

De plus, le XIXe siècle est le siècle des empires coloniaux et la mondialisation financière est indissociable de ces empires. Le rôle central de Londres dans les échanges financiers internationaux était en partie lié à l’étendue de l’empire colonial britannique. Plus généralement, la première mondialisation financière est dominée par un petit nombre de puissances. Lors de la seconde mondialisation, le nombre de puissances financières a augmenté, même si les États-Unis ont remplacé le Royaume-Uni comme principale puissance financière. De manière encore plus frappante, les pays émergents sont devenus à partir de la fin des années 1990 des exportateurs de capitaux, finançant en particulier le déficit américain. 

Technologies et mondialisations

Une autre différence entre les deux phases de la mondialisation est celle liée aux technologies. Les technologies de transport et de communication étaient évidemment bien plus limitées au cours de la première mondialisation. En cela, on peut affirmer que la seconde mondialisation est un phénomène bien plus global que la première. Les secteurs qui bénéficiaient de la mondialisation financière étaient plus limités au XIXe siècle. Les flux de capitaux finançaient en majorité des infrastructures (en particulier, la construction de chemins de fer) et les dettes publiques. Lors de la seconde phase de mondialisation, le nombre de secteurs bénéficiant de financements extérieurs s’est accru. Le secteur financier lui-même a considérablement gagné en importance par rapport au reste de l’économie. 

Le lien entre les différents types de capitalismes, mondialisations et crises financières

Il faut, en effet, noter que chaque vague de mondialisation s’est caractérisée par un développement spécifique du capitalisme. Cependant, il n’y a pas de capitalisme sans crises financières. Charles Kindleberger dans son Histoire mondiale de la spéculation financière datant de 1994 l’a montré sur la longue période depuis le XVIIè siècle : l’histoire économique est scandée par ces épisodes périodiques d’effondrements des prix des actifs monétaires et financiers. Il a évoqué une dizaine de phases de capitalismes et crises financières. Dans cet article, nous pouvons rappeler quelques périodes très rarement évoquées et pourtant assez significatives :

  • 1634-1637 : la crise des tulipes perçue par C.Kindleberger comme la première véritable crise financière. La tulipe, introduite en Europe depuis l’Empire ottoman, devint extrêmement populaire aux Pays-Bas au début du XVIIe siècle. La fascination pour cette fleur rare et exotique augmenta progressivement, conduisant à une hausse spectaculaire de la demande et des prix. Les tulipes, surtout les variétés les plus rares et les plus belles, devinrent des symboles de statut social et de richesse. Entre 1634 et 1637, la spéculation sur les bulbes de tulipes atteignit des niveaux vertigineux. Des gens de toutes les classes sociales, y compris des artisans et des paysans, se mirent à acheter et vendre des bulbes de tulipes, espérant réaliser des profits rapides. Le marché des tulipes devint si frénétique que des contrats furent échangés plusieurs fois par jour, souvent sans que les bulbes changent réellement de mains. 
  • 1847-1848 : il s’agit d’une crise mixte. Une crise agricole, avec la famine en Irlande en 1845, deux années de mauvaises récoltes en France et en Grande-Bretagne qui ont des répercussions importantes (la métallurgie entre en crise du fait de la baisse de demande textile et agricole, secteurs qui se sont mécanisés, ce qui atteint à son tour le chemin de fer). Survient un krach en 1847 sur les places boursières française et britannique, une crise financière largement liée à la spéculation sur les chemins de fer.
  • 1866 : Faillite d’une entité bancaire à Londres en raison des problèmes des chemins de fer anglais et américains. Se produit une contagion à de nombreuses maisons de la City sauvées par l’intervention de la Banque d’Angleterre. L’observation de cette crise conduisit Bagehot formuler sa doctrine du prêteur en dernier ressort (Lombard Street 1873)

Le prêteur en dernier ressort ne doit pas avoir de conséquences durables qui puissent mettre en péril l’ordre monétaire, c’est-à-dire la confiance inébranlable en la monnaie. L’assistance financière fournie par la Banque doit anticiper sur la crise de liquidité et doit être temporaire. Elle doit être donnée dans le seul souci de la stabilité globale du système financier ce qui doit exclure le secours aux institutions qui ont été mal gérées. 

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