Médiations politiques, déploiements militaires, missions d’observation… L’Union africaine (UA) est de plus en plus présente dans la gestion des crises sur le continent. Fondée en 2002 pour succéder à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), elle s’est fixé un objectif ambitieux : « faire taire les armes ».
Mais face aux coups d’État, aux conflits armés ou aux tensions ethniques, son efficacité reste débattue.
L’Union africaine peut-elle réellement jouer un rôle central dans la résolution des conflits en Afrique ?
Une organisation panafricaine au mandat élargi
De l’OUA à l’UA : un changement d’ambition
L’OUA, créée en 1963, avait surtout pour but de soutenir l’indépendance des États africains et de défendre leur souveraineté.
L’UA, en revanche, affirme clairement son droit d’intervenir dans les pays membres en cas de guerre civile, génocide ou crimes contre l’humanité.
Ce principe de non-indifférence, inscrit dans l’Acte constitutif de 2000, marque une rupture avec la politique de neutralité de l’OUA.
Des institutions au service de la paix
L’UA s’est dotée de plusieurs outils :
- Le Conseil de paix et de sécurité, sorte de « Conseil de sécurité africain »,
- La Force africaine en attente, pour déployer rapidement des troupes,
- Le Panel des sages, chargé de la prévention des conflits,
- Et surtout, des missions de terrain pour surveiller, négocier et intervenir si nécessaire.
Des interventions concrètes… et contrastées
Des succès encourageants
L’UA a su jouer un rôle décisif dans certains conflits :
- Au Soudan, avec la mission AMIS (2004-2007) au Darfour, puis en coopération avec l’ONU (MINUAD), elle a contribué à apaiser les tensions.
- En Somalie, depuis 2007, la mission AMISOM (puis ATMIS) combat les islamistes d’Al-Shabaab, avec le soutien international.
- À Madagascar, après le coup d’État de 2009, l’UA a favorisé un retour à l’ordre constitutionnel par la médiation.
Dans ces cas, elle a été perçue comme une voix légitime pour éviter les interventions extérieures imposées par des puissances non africaines.
Mais des limites persistantes
Cependant, dans de nombreux conflits récents (Éthiopie, Mali, Soudan, RDC…), l’UA a souvent été critiquée pour sa lenteur, son manque de moyens, ou sa prudence excessive face aux gouvernements en place.
Exemple marquant : en 2023, l’UA a mis du temps à réagir au conflit au Soudan entre l’armée régulière et les paramilitaires, malgré les risques de guerre civile généralisée.
Parfois, ses décisions sont ignorées, ou contournées par des interventions étrangères (Russie, France, États-Unis, ONU…).

Une organisation affaiblie mais indispensable
Des défis internes
L’UA souffre de plusieurs fragilités structurelles :
- Manque de financement : elle dépend encore largement des contributions extérieures (Union européenne, Chine…),
- Poids des États membres : certains refusent qu’on intervienne dans leurs affaires intérieures,
- Coordination difficile entre pays, surtout en cas de désaccords politiques.
Ces faiblesses nuisent à sa capacité à agir rapidement, efficacement et indépendamment.
Une ambition à consolider
Malgré tout, l’UA reste un acteur crucial :
- Elle propose une approche africaine des conflits africains,
- Elle promeut le dialogue et la diplomatie avant la violence,
- Elle pousse pour des solutions durables issues des sociétés civiles locales.
De plus en plus, elle cherche à nouer des partenariats équilibrés avec l’ONU ou les communautés économiques régionales (CEDEAO, SADC…).
Entre volonté politique et réalité du terrain
L’Union africaine joue un rôle réel mais encore fragile dans la résolution des conflits.
Elle dispose d’une légitimité régionale forte, d’un cadre juridique solide, mais manque parfois de moyens, de réactivité ou de soutien politique.
Son efficacité dépendra de sa capacité à devenir moins dépendante des financements extérieurs, plus unie entre ses membres… et plus ferme face aux régimes autoritaires.
L’enjeu est de taille : garantir que les conflits africains soient gérés par des Africains, pour les Africains.







