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HGGSP : La France dans la mondialisation

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La France est un pays très intégré à la mondialisation, ce processus historique, pluriséculaire, de mise en relation des sociétés du monde entier, devenu un lieu commun à toute l’humanité. On l’a vu, cette intégration passe avant tout par l’Union européenne, on parle même d’euro-mondialisation. Mais quel est l’impact en retour de la mondialisation sur la France ? Comment modifie-t-elle le tissu économique et social français ? Comment recompose-t-elle les territoires, à différentes échelles (nationale, régionale, urbaine) ? Quels sont les espaces français particulièrement valorisés par la mondialisation ?

Les mutations du système productif et la recomposition de l’espace industriel

De la tertiarisation à la technopolisation

Jusque dans les années 1960, la production industrielle (ensemble des activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation et la mise en œuvre de matières premières. On distingue la production d’énergie du reste, l’industrie manufacturière) concerne en premier lieu l’industrie lourde (qui nécessite l’emploi d’outils et de capitaux très importants, comme la métallurgie et la sidérurgie). Cette industrie est avant tout localisée dans le nord et l’est de la France, formant les « pays noirs » français.

Avec les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 et l’essor du numérique dans les années 1980, la France entame une transition vers une économie néo-industrielle, où les services (le secteur tertiaire) et les activités de conception supplantent le monde de la production. Entre 1978 et 2008, le secteur des services crée en moyenne 150 000 postes par an, quand l’industrie en perd 60 000, pour ne représenter que 14% (3,6 millions) des emplois. Se produit en effet une double dynamique de tertiarisation-désindustrialisation. Le système productif français s’est partiellement adapté à ce nouveau contexte. La France occupe des positions fortes dans certaines hautes technologies (notamment l’aéronautique, le nucléaire, le matériel militaire et les transports), mais ses spécialisations sont trop limitées, laissant de côté des secteurs innovants (l’informatique en particulier).  Surtout, le problème principal est que l’industrie manufacturière est touchée de plein fouet, par les délocalisations vers les pays asiatiques notamment, très compétitives sur les secteurs à faible valeur ajoutée (qui ne nécessitent pas une formation poussée) du fait de leurs salaires bien moins élevés en particulier. Cela pose la question de la possibilité pour l’industrie française de s’adapter à la mondialisation, alors qu’elle se positionne plus sur un segment moyenne gamme, fortement soumis à la concurrence asiatique, quand l’industrie allemande a un positionnement plus haut de gamme.

Évitement industriel et spécialisation fonctionnelle : la géographie industrielle se modifie lentement

Territorialement, ces mutations ont entraîné de profondes recompositions de l’espace industriel. Les « pays noirs », bassin de la 1er mondialisation, sont en déclin alors que la France connaît une reconcentration de l’industrie près des grandes villes (technopolisation, par la recherche de main-d’œuvre qualifiée et de synergies avec d’autres entreprises).

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La double dynamique de mondialisation-métropolisation

Un mouvement sélectif et de reconcentration métropolitaine

Ce mouvement de reconcentration vers les grandes villes concerne notamment les activités les plus qualifiées, innovantes et internationalisées (Airbus à Toulouse par exemple) car la ville offre des capitaux, une main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures de transports et une émulation aux entreprises. L’expression de « synergies métropolitaines » désigne la combinaison de ces éléments, qui sélectionne les grandes villes plutôt que les villes petites et moyennes (les 15 premières villes de France regroupent 2/3 des emplois urbains).

Le poids écrasant de Paris

Cette double dynamique de mondialisation-métropolisation renforce notamment le poids de Paris dans le système productif national et international. Seule métropole française mondiale (qui regroupe des fonctions globales comme la finance ou les sièges des firmes transnationales), Paris joue le rôle de locomotive économique pour la France, représentant 1/3 du PIB français (si l’on étend Paris à l’île de France) et permettant une redistribution par l’État vers les territoires plus en difficulté.

Les effets territoriaux de la métropolisation

À l’échelle nationale, ce sujet suscite de nombreux débats. Certains voient la mondialisation créer une « économie d’archipel » avec des territoires intégrés très connectés entre eux (Paris, Londres, New-York) laissant de côté les territoires situés entre deux. D’autres relèvent de nouvelles formes de territorialisation industrielle, les entreprises articulant intégration à la mondialisation et intégration régionale (exemple des SPL, les Systèmes Productifs Localisés, comme la plasturgie à Oyonnax).

À l’échelle urbaine se produit une spécialisation socio-spatiale croissante. Parmi de nombreuses analyses, le sociologue Jacques Donzelot parle d’une « ville à trois vitesses » regroupant des pôles très intégrés à la mondialisation (quartiers d’affaires ou Central Business District, CBD, quartiers touristiques et quartiers gentrifiés), des périphéries qui logent les classes moyennes et des espaces de relégation.

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La valorisation des interfaces

L’intégration à l’euro-mondialisation renforce l’importance de la position de carrefour de la France au sein de l’UE : 40% des flux de marchandises en France sont des flux internationaux (non internes à la France). La mondialisation couplée à l’intégration européenne a redessiné la France des transports (axe Lille-Marseille(-Londres), lignes Espagne-Italie, Espagne-Belgique via Bordeaux…) en valorisant les grandes villes frontalières (Lille est un cas marquant : menacée par la déprise industrielle, Lille est aujourd’hui pleinement intégrée à la mondialisation par sa position de carrefour européen).

Cependant, cette internationalisation par l’UE a valorisé les transports de façon sélective, en interconnectant seulement les grandes villes. « L’effet tunnel » est emblématique du déploiement du TGV : chaque ouverture de ligne a exclu des villes qui jouaient jusqu’alors un rôle de relais au sein des grands axes ferroviaires (comme Amiens, écartée au profit de Lille). Ainsi, l’essor des transports renforce la hiérarchisation des différents espaces (plutôt que d’être un facteur d’homogénéisation).

Les littoraux : une attractivité sélective

La croissance des échanges maritimes engendrée par la mondialisation (90% des échanges internationaux de marchandises se font par bateau) a fait des littoraux des espaces privilégiés de la mondialisation. Cependant, les ports français se sont adaptés tardivement au nouveau format des bateaux permettant ces échanges mondiaux de marchandises, les porte-conteneurs. Le Havre et Marseille sont des ports importants certes, mais en retard par rapport à ceux belges et hollandais du Northern Range, par lesquels arrive la majorité des importations à destination de Paris notamment. Par ailleurs, l’essor du tourisme international renforce l’attractivité des littoraux, en premier le littoral méditerranéen.

Les espaces frontaliers

Enfin, si les espaces frontaliers étaient auparavant davantage des espaces de rupture, ils ont bénéficié de nombreuses dynamiques supranationales européennes (économiques, politiques). Le programme européen Interreg, lancé en 1984, promeut les coopérations transfrontalières à différentes échelles, tant pour les agglomérations transfrontalières comme Strasborug-Ortenau ou Lille-Courtrai-Tournai que pour les coopérations infrarégionales, telles que le Regio Bassiliensis, le pôle de Longwy ou la région Saarlorlux.

Ainsi, la mondialisation, processus auquel la France est, par l’Union européenne, très intégrée, recompose le territoire français en profondeur. Que ce soit à l’échelle nationale, régionale ou urbaine, des territoires sont valorisés et intégrés à la mondialisation quand d’autres restent plus en marge de cette intégration.

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