Le processus de « civilisation des mœurs »

Le processus de « civilisation des mœurs »

À lire dans cet article :

Dans cet article, nous nous concentrerons sur l’évolution et la formation des mœurs, notamment à travers la vision du sociologue britannico-allemand Norbert-Elias. Ainsi, nous analyserons le processus de « civilisation des mœurs », mais également la notion de configuration.

Norbert Elias, auteur clé dans l’explication du processus de « civilisation des mœurs »

Selon Elias, la civilisation des mœurs émerge à travers un processus de civilisation, caractérisé par une « pacification » des comportements humains et une régulation sociale de plus en plus complexe. Les individus, à travers leurs interactions quotidiennes, contribuent à ce processus de civilisation en internalisant et en reproduisant les normes sociales, les valeurs et les comportements acceptés par la société.

Dans cette perspective prolongée, les actions individuelles sont les composantes fondamentales qui alimentent la dynamique de la civilisation des mœurs.

L’auteur Norbert Elias décrit le processus de « civilisation des mœurs » comme l’ensemble des transformations concomitantes des structures sociales, politiques et mentales à travers les bonnes manières, le besoin de pudeur, les normes de civilité, le développement de l’autocontrainte qui limite le recours à la violence. C’est une production historique qui s’accomplit assez rapidement à partir de la Renaissance dans une partie de l’Europe.

Le point de départ de sa démarche est un constat historique : à partir de la Renaissance, les manières de se tenir à table, l’hygiène corporelle ou encore la sexualité évoluent très rapidement vers un refoulement de leur aspect « animal » ou « pulsionnel ». Ces transformations s’accompagnent d’un recul de la violence comme mode d’action légitime.

L’étude d’ouvrages de civilité – qui constituaient, à la Renaissance, des sortes de manuels de savoir-vivre à l’usage de la classe dominante – montre, par exemple, que le rapport à la nourriture se fait plus distant avec l’invention de la fourchette, qui remplace les doigts. La nudité recule, et la sexualité acquiert une dimension taboue : on ne doit pas en parler devant des enfants, etc.

Le rôle de l’État dans l’évolution des mœurs

Après avoir fait un constat historique de l’évolution des mœurs, Norbert Elias propose une explication sociologique. Il lie cette évolution à l’apparition d’un État central fort, qui acquiert peu à peu le monopole de la violence physique. Ceci entraîne le déclin des chevaliers (réputés pour leur violence) et le rapprochement de l’aristocratie vers la cour du roi. C’est cette dernière qui encourage la civilité moderne.

La compétition entre bourgeois et aristocrates entretient alors une course à la distinction par le « raffinement ». Ce nouveau contexte permet d’introduire les nouvelles normes et ensuite leur diffusion (très) progressive aux autres catégories sociales.

En fait, il donne une explication de l’évolution de l’intime par des changements structurels globaux : l’apparition de l’État et la compétition croissante entre groupes sociaux, c’est ce qui fait la spécificité de sa démarche.

La notion de configuration

Il est possible de parler de la société d’un point de vue historique à travers la notion de configuration. Cette notion de configuration permet de penser ensemble et dans le temps long de l’histoire, l’évolution des structures psychiques, mentales et affectives des individus, et celle des structures sociales et politiques des groupes qu’ils forment.

Le sociologue Norbert Elias  s’attarde sur cette notion, l’objet de sa sociologie est l’étude des individus liés les uns aux autres par de longues chaînes d’interdépendance. En quelque sorte, chaque individu est porteur d’un condensé de toute la culture que la société, à laquelle il appartient, a accumulé par strates successives au cours de son histoire et lui a transmis via la socialisation.

Il développe donc une approche qui veut dépasser le dualisme entre individu et société. Le dilemme individu et société véhiculerait, par conséquent, l’idée fausse qu’il faut choisir entre deux extrêmes : la liberté (individuelle) d’un côté et le déterminisme (social) de l’autre. Pour lui, d’un côté, tout individu « dépend » dès avant sa naissance de ses relations à de nombreux autres individus. De l’autre, la société, ses structures et ses institutions « dépendent » des actes imbriqués (autrement dit de leurs interactions) d’individus socialisés, le plus souvent de générations successives de tels individus.

Ainsi, en découle une vision de l’histoire selon laquelle ce ne sont pas de hauts personnages, nés puissants ou capables, qui font l’histoire : c’est l’histoire qui fait les grands hommes, car la succession enchevêtrée de configurations relationnelles particulières produit des marges de manœuvre différenciées et permet à certains de jouer un rôle qu’on tiendra a posteriori pour particulièrement important, comme celui de Louis XIV par exemple.

Les limites de la théorie d’Elias

L’universalisme culturel qu’implique indirectement cette théorie peut être remis en question. En effet, les sociétés contemporaines sont caractérisées par une diversité culturelle. De plus, il faut reconnaître que les normes sociales varient dans le temps et dans l’espace.

À cela s’ajoute le fait que cette théorie se concentre sur le processus de pacification et de régulation sociale. Cependant, cette dernière oublie de porter une attention particulière aux inégalités sociales et au pouvoir. Effectivement, les inégalités sociales et économiques ont une influence sur la construction des normes sociales, tandis que les dynamiques de pouvoir façonnent la civilisation des mœurs.

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