Manon Lescaut, Abbé Prévost

Manon Lescaut, Abbé Prévost : résumé et analyse de l’œuvre

À lire dans cet article :

L’année de première passe à toute vitesse et il est grand temps pour toi de faire le point sur les œuvres au programme cette année. Tu ne les connais pas toutes très bien ? Pas de panique, nous avons la solution. Dans cet article, nous faisons le point avec toi sur Manon Lescaut, le célèbre roman de l’Abbé Prévost, au programme dans le parcours « personnages en marge, plaisirs du romanesque ». 

Introduction de Manon Lescaut

Écrit par l’Abbé Prévost en 1731, L’histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, ce roman est plus connu sous le nom de Manon Lescaut. Il s’agit d’un livre rempli de rebondissements, dont l’intrigue est avant tout influencée par les sentiments amoureux de Manon Lescaut et son amant des Grieux. Plus que l’amour, c’est la passion qui est ici décrite et qui arrache tout sur son passage. C’est ce sentiment incontrôlé qui mène les deux jeunes gens à leur perte.

Le narrateur du roman raconte au lecteur l’histoire de des Grieux, l’Homme de qualité (Renoncour), est lui-même spectateur des événements que ce dernier a vécus. Celui-ci reste donc extérieur à l’histoire en ne faisant que rapporter ce qu’il s’est passé, mais son attitude se veut impartiale. Il ne juge pas l’histoire de des Grieux, c’est au lecteur de le faire s’il le souhaite.

Qui est l’Abbé Prévost ?

L’abbé Prévost, de son vrai nom Antoine François Prévost d’Exiles, est un homme d’Église né en 1697 et mort en 1763. C’est un romancier qui fut tour à tour lié à l’Église, puis enrôlé dans l’armée. Il vit à plusieurs reprises en Hollande, pays dans lequel il écrit Manon Lescaut. De nombreux éléments de ce roman sont vraisemblablement inspirés de sa vie : il entretint une relation tumultueuse avec son amante Lenki Eckhardt, dont il était follement amoureux. Celui-ci l’entretenait avec des sommes plus élevées que ce qu’il possédait afin de satisfaire le moindre de ses caprices.

Son parcours chaotique n’est en effet pas sans rappeler celui de des Grieux dans le roman. Il connaît des déboires, comme des problèmes d’argent et a une relation tumultueuse avec l’Église, qu’il quitte puis réintègre à deux reprises.

Réception de l’œuvre

À sa parution, le roman fit scandale. Jugé en 1733 et en 1735 en raison de son caractère scandaleux et condamné à être brûlé, celui-ci constitue néanmoins un ouvrage incontournable de la littérature française. Il s’agit d’un récit que l’on pourrait caractériser de lacunaire dans la mesure où de nombreux éléments sont éludés. Par exemple, on ne sait que peu de choses à propos du passé des deux personnages principaux. De plus, les circonstances, et plus particulièrement les causes de la mort de Manon ne sont pas explicitées.

Tout ceci participe de l’inscription de cette production littéraire dans un registre qui relève du témoignage. En effet, le roman est écrit de telle manière à ce que le lecteur a l’impression qu’il s’agit d’un témoignage, que le narrateur ne fait que rapporter les propos de des Grieux.

Résumé de Manon Lescaut

Les personnages dans Manon Lescaut

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un petit point personnages s’impose.

  • Manon Lescaut est la protagoniste (personnage principal) de l’histoire. Il s’agit d’une jeune femme légère et vénale qui exerce une forte emprise sur des Grieux. Elle est amoureuse, mais semble préférer le luxe.
  • Le chevalier des Grieux est également un personnage très important. C’est un jeune homme sincère et honnête. Il a un véritable coup de foudre pour Manon, qui le changera du tout au tout.
  • Tiberge est un homme religieux. Il symbolise la constance tout au long du livre, ce qui contraste alors avec les multiples trahisons de Manon (spoiler !).
  • M de B, M de G. M. et son fils sont trois personnages représentant le société fortunée de la Régence. Le premier est un fermier et le deuxième est suffisamment riche pour s’offrir tous les plaisirs.
  • M de T est le fils de l’un des administrateurs de Saint Lazare.

Première partie

Des Grieux tombe amoureux de Manon Lescaut dans une auberge. Il s’agit d’un coup de foudre réciproque, qui les conduit à fuir cette auberge, la jeune femme devait être emmenée dans un couvent en raison de son penchant trop prononcé pour les plaisirs. Le couple vit à Paris sur les économies de des Grieux. Manon refuse de se marier avec des Grieux malgré les demandes de ce dernier car elle a peur que si son père l’apprend, il écartera son fils d’elle.

Cette dernière a une forte appétence pour la vie faste et opulente (elle aime avoir un train de vie aisé et aime le luxe, même si elle en n’a pas les moyens). Ce goût pour la richesse la conduit à entretenir une relation avec un autre homme très fortuné, M de G… M…, qui l’entretien en retour.

Des Grieux est ramené par son père à Amiens, dont il est originaire, pour poursuivre et achever ses études de philosophie. Il se destine à être chevalier de l’ordre de Malte, une situation prestigieuse. Or des Grieux est amené à recroiser Manon ; il ne peut se résoudre à la quitter une seconde fois. Il se défroque alors (il quitte l’habit religieux) pour s’enfuir avec elle à nouveau à Paris.

Après un train de vie au-delà de leurs moyens, les deux individus sont arrêtés sur ordre de M de G… M… après une tentative de vol. Ils sont incarcérés ; des Grieux est emprisonné à la prison de Saint-Lazare, car il noble et Manon à l’Hôpital général. En l’apprenant, il s’enfuit et tue par accident un des gardes.

En faisant s’échapper Manon, son frère meurt également. Ils se cachent alors pendant un temps et des Grieux coupe toute relation avec son père. Cette première partie s’achève avec un retour au récit-cadre, c’est-à-dire quand le chevalier des Grieux raconte son histoire à Renoncour, à l’auberge.

Seconde partie

Les deux amants habitent désormais à Chaillot ; Manon rencontre le fils de M de G… M…, qui tombe amoureux d’elle. Or son père découvre leur relation et parvient à les faire condamner à nouveau pour de la prison. Si des Grieux parvient à en sortir rapidement grâce à l’intervention de son père influent, Manon connaît un sort plus sombre. Elle est condamnée à être déportée en Louisiane, afin de peupler cette région nouvellement acquise (les prostituées y étaient envoyées dans ce but, constituant une main-d’œuvre gratuite).

Dans la mesure où des Grieux n’a que peu d’argent, il décide de la suivre en Amérique en s’engageant comme volontaire sur le bateau. Une fois arrivés, ils mènent enfin une vie simple, encouragée par le gouverneur de la Nouvelle Orléans qui les croit mariés. Cependant, le neveu de ce dernier souhaite épouser Manon. Il fait donc pression auprès de son oncle pour se marier avec elle, qui accepte. Des Grieux le convoque en duel et après un coup qu’il pense fatal, le pense mort. Il s’enfuit avec son amante.

Commence alors un épisode d’errance, marqué par des conditions difficiles qui seront fatales à Manon. Elle meurt soudainement ; des Grieux l’enterre et veut mourir sur sa tombe. Son fidèle ami Tiberge, qui l’aura déjà aidé à plusieurs reprises auparavant, se rend en Amérique pour le ramener. De retour en France, des Grieux apprend la mort de son père causée par le chagrin de son comportement et son départ. Des Grieux est rongé par le remord et décide de revenir dans le droit chemin en ayant une vie honnête.

Analyse de Manon Lescaut

 Les thèmes essentiels dans Manon Lescaut

Lors de sa parution, Manon Lescaut a été perçu comme un roman libertin, heurtant la morale, car mettant avant tout l’accent sur le plaisir et, par suite, sur le vice. Seulement, ce roman est bel et bien un roman d’amour : ce sentiment est au cœur de l’intrigue et des péripéties. En effet, malgré les événements, Manon Lescaut et des Grieux, son amant, ces deux personnages se retrouvent inlassablement, comme attirés de manière irrésistible. La passion amoureuse dont il est question mène à la perte de ceux qui y sont confrontés.

La mort de Manon Lescaut peut à ce titre être perçue comme une punition pour ses actions passées ; celle du père de des Grieux peut être interprétée comme une punition qui s’applique à son fils. Tout dans l’histoire de des Grieux conduit au malheur ; la succession, voire la gradation (progression ascendante) de l’intrigue mène au tragique. De la même manière, si le chevalier des Grieux réchappe à la mort et à la prison à plusieurs reprises, celui-ci est hanté par ses déboires et ses actions passées, mais aussi par la perte de l’être aimé, qui constitue ainsi une autre forme de punition. Cette histoire passionnée est vouée à une issue fatale.

Triche, libertinage et vol

La passion mène à tous les vices : c’est ce message que porte l’ouvrage de l’Abbé Prévost. Ce récit enchâssé (plusieurs récits dans un récit plus large), qui insère également des éléments autobiographiques de l’abbé Prévost. Pour maintenir le train de vie de son amante, des Grieux triche aux jeux, tandis que cette dernière se prostitue pour gagner de l’argent, sur les conseils de son propre frère.

Un autre élément de taille ne peut être omis : les deux compères vont mettre en place un piège afin d’extorquer de l’argent à M de G… M… pour se venger de les avoir dénoncés auprès de la police. La tromperie, le stratagème sont des moyens mis au service de leur soif de richesse.

Par ailleurs, l’histoire fait la part belle à la corruption puisque le père de des Grieux use de son pouvoir, son influence et son argent afin de faire libérer son fils. Avant cela, il a le privilège d’être incarcéré dans une prison pour nobles, lui réservant une condition plus confortable. Enfin, son père obtient que Manon soit exilée en Louisiane. Nul doute que cette décision a pu être prise avec par l’appui d’une telle situation.

La satisfaction des désirs

Épicure, dans Lettre à Ménécée, affirme que pour être heureux, il est important de ne pas viser à satisfaire des désirs inatteignables, disproportionnés. Il semble que dans le cas de Manon Lescaut et son compagnon, ceux-ci souffrent lorsqu’ils ne réalisent pas leurs désirs. Cette quête perpétuelle de la satisfaction de leurs plaisirs les pousse à commettre l’irréparable, et conduit à leur perte.

Toutefois, derrière cette débauche subsiste l’émouvant amour aveugle du chevalier des Grieux envers son amante qui toujours lui restera fidèle, même semble-t-il après sa mort. Sa fidélité reflète la sincérité de son amour et justifie dans une certaine mesure les fautes qu’il commet. En revanche, l’attitude de son père est à l’opposé de celle de son fils. Manipulateur et insensible, il est prêt à tout pour le soustraire du joug, de la mauvaise influence de Manon.

Les figures garantes de la morale dans Manon Lescaut

Autour du récit gravitent certaines figures, telles que Tiberge ou le père de des Grieux. Ils sont en quelque sorte garants de l’ordre et de l’honneur de la famille et de son milieu, cherchant à ramener le chevalier des Grieux à la raison. Pour l’éloigner de la débauche, le père cherche à mettre hors d’état de nuire ses responsables en les punissant.

C’est pour cette raison que l’on peut inscrire cette typologie de personnages comme des figures en marge des récits romanesques classiques. Ceux-ci sont emprunts de débauche, de décadence, contrairement au modèle vertueux des personnages de roman de cette époque. Il s’agissait de donner un modèle au lecteur, en suivant les bonnes actions de ces derniers. Beaucoup y ont vu une influence négative, d’où paradoxalement son succès. Montesquieu affirmait en 1734 à propos de l’œuvre que « Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin qui est menée à la Salpêtrière, plaise, parce que toutes actions du héros, le chevalier des Grieux, ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse ».

Le goût du défendu, de l’interdit, contribue à amplifier le plaisir de la lecture. Le sujet et la morale mise en avant sont atypiques et le lecteur prend plaisir à voir les risques pris par les personnages, aux rebondissements inattendus. Comme on l’a dit, l’abbé Prévost est souvent avare de détails. Par exemple, on ne sait à aucun moment à quoi ressemble précisément Manon, ni même sa couleur de cheveux. Cette dimension permet au lecteur de participer à la construction du personnage, en projetant sur eux leurs propres désirs et fantasmes.

En définitive, à travers cette lecture moralisante, la passion est présentée comme une force nocive, malfaisante, qui conduit à la mort ceux qui y succombent. Le bonheur est à trouver auprès d’une vie rangée, honnête, pieuse et morale.

Nous espérons que cet article t’aura permis d’y voir un peu plus clair dans l’histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux.

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