Commentaire littéraire – Voltaire, Bêtes (Dictionnaire philosophique) : méthode, plan et analyse 

Au sommaire de cet article 👀

L’épreuve du commentaire de texte est l’un des exercices majeurs du bac de français. Pour s’y préparer efficacement, travailler des extraits d’annales corrigés est indispensable. Cet article propose un commentaire littéraire complet de l’article Bêtes de Voltaire, extrait du Dictionnaire philosophique, donné à l’écrit du baccalauréat de français en 2018. À travers une analyse détaillée, une problématique claire et des repères de méthode, ce commentaire permet de comprendre comment réussir l’étude d’un texte argumentatif au bac.

Méthode du commentaire de texte : l’essentiel à retenir

Le commentaire de texte repose sur une analyse progressive et structurée de l’extrait proposé.

  • Lire le texte plusieurs fois : une première lecture globale, puis une ou deux lectures analytiques pour repérer les idées, les procédés et la structure.
  • Situer l’extrait : identifier sa place dans l’œuvre et sa fonction (extrait autonome ou intégré à un ensemble).
  • Analyser la structure du texte : repérer les mouvements et l’évolution de l’argumentation.
  • Identifier les outils d’écriture : ton, registre, procédés argumentatifs, rapport entre raison et émotion.
  • Formuler une problématique : dégager ce qui rend le texte intéressant et justifie son étude, en lien avec l’ensemble de l’extrait.
  • Construire le développement : partir d’observations simples (ce que dit le texte) pour aller vers une analyse plus précise et interprétative.
  • S’appuyer sur des citations : elles servent à prouver chaque analyse.

Un bon commentaire montre à la fois la compréhension du texte et la manière dont l’auteur défend sa thèse.

Voltaire s’attaque dans cet article à la théorie élaborée par Descartes selon laquelle les animaux sont des « machines ».

Texte étudié – Voltaire, « Bêtes », Dictionnaire philosophique

BÊTES

Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. !

Quoi ! cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l’attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, et en cercle sur un arbre ; cet oiseau fait tout de la même façon ? Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois n’en sait-il pas plus au bout de ce temps qu’il n’en savait avant les leçons ? Le serin à qui tu apprends un air le répète-t-il dans l’instant ? n’emploies-tu pas un temps considérable à l’enseigner ? n’as-tu pas vu qu’il se méprend et qu’il se corrige ?

Est-ce parce que je te parle que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Eh bien ! je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez moi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance.

Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison, agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses.

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu’il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature.

Exemple de commentaire de texte – Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « Bêtes »

Dans l’article « Bêtes », extrait du Dictionnaire philosophique, Voltaire s’attaque à la théorie de René Descartes selon laquelle les animaux seraient de simples machines, privées de sensibilité, de mémoire et de raison. À travers une argumentation à la fois vive, émotive et rationnelle, le philosophe des Lumières cherche à démontrer l’absurdité et la cruauté de cette conception.

On peut alors se demander comment Voltaire parvient à défendre une idée novatrice sur la sensibilité animale grâce à une argumentation mêlant indignation, émotion et raison. Pour répondre à cette problématique, il convient d’analyser la progression argumentative du texte, organisée en plusieurs mouvements.

Quelle pitié, quelle pauvreté, d’avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n’apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. !

Dès l’ouverture de l’article, Voltaire adopte un ton violemment critique. Le premier paragraphe, composé d’une seule phrase, condense l’ensemble des enjeux du texte. Les exclamations (« Quelle pitié, quelle pauvreté ») et le lexique péjoratif traduisent l’indignation de l’auteur face à la théorie machiniste. Les notions philosophiques essentielles sont immédiatement posées : absence de connaissance, de sentiment, de capacité d’apprentissage et de perfectionnement.

Ce début ressemble presque à une reprise ironique du discours de Descartes, que Voltaire détourne pour mieux le discréditer. Le ton satirique est clairement annoncé : il s’agit de ridiculiser une théorie jugée absurde et inhumaine dès les premières lignes.

Quoi ! cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l’attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, et en cercle sur un arbre ; cet oiseau fait tout de la même façon ? Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois n’en sait-il pas plus au bout de ce temps qu’il n’en savait avant les leçons ? Le serin à qui tu apprends un air le répète-t-il dans l’instant ? n’emploies-tu pas un temps considérable à l’enseigner ? n’as-tu pas vu qu’il se méprend et qu’il se corrige ?

 Dans le second paragraphe, Voltaire développe son argumentation à travers une série de questions rhétoriques fondées sur des exemples concrets. Il évoque successivement un oiseau, un chien de chasse et un serin, montrant que les animaux apprennent, s’adaptent et corrigent leurs erreurs.

Le recours aux déictiques (« cet », « ce », « le ») donne l’impression que les exemples sont sous les yeux du lecteur, renforçant ainsi la force démonstrative du propos. Les descriptions précises des comportements animaux soulignent leur complexité et rendent la thèse cartésienne difficilement défendable. En s’adressant directement à son adversaire par le pronom « tu », Voltaire instaure un dialogue polémique qui engage également le lecteur.

Est-ce parce que je te parle que tu juges que j’ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Eh bien ! je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez moi l’air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens de l’avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j’ai éprouvé le sentiment de l’affliction et celui du plaisir, que j’ai de la mémoire et de la connaissance. 

Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître, qui l’a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison, agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu’il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses.

Dans le mouvement suivant, Voltaire déplace son raisonnement vers la question du sentiment, de la mémoire et des idées. Il commence par une interrogation qui fait office de transition : la parole est-elle le seul critère permettant de reconnaître la pensée et la sensibilité ? Il décrit alors une scène de la vie quotidienne, où les émotions humaines sont perceptibles sans aucun discours.

Cette auto-description, presque cinématographique, met en évidence un paradoxe : le silence n’empêche ni le sentiment ni la mémoire. La répétition du verbe « juger » souligne l’arbitraire du raisonnement cartésien et prépare la comparaison avec l’animal.

Voltaire invite alors le lecteur à porter le même jugement sur un chien ayant perdu son maître. L’analogie entre l’homme et l’animal est particulièrement développée : agitation, inquiétude, quête, puis joie retrouvée. La description du chien est chargée d’émotion, renforcée par le rythme rapide et l’accumulation de verbes de mouvement. Cette scène attendrissante vise à susciter l’empathie du lecteur et à rendre incontestable la sensibilité animale.

Des barbares saisissent ce chien, qui l’emporte si prodigieusement sur l’homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques . Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu’il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature. 

Dans le dernier paragraphe, Voltaire opère une rupture brutale. À la douceur de la scène précédente succède une description violente : le chien est saisi, cloué et disséqué vivant par des « barbares ». Ce terme, fortement connoté, renverse les rôles : ce ne sont plus les animaux qui sont privés d’humanité, mais les hommes qui se comportent de manière cruelle.

La violence de la scène choque le lecteur et rend l’argument scientifique dérisoire face à la souffrance infligée. Voltaire revient alors à un raisonnement logique : si l’animal possède les mêmes organes de sentiment que l’homme, comment pourrait-il être insensible ? Les questions rhétoriques finales soulignent l’incohérence de la théorie machiniste et appellent à un jugement fondé sur la raison.

Les mouvements essentiels de l’article « Bêtes » de Voltaire

L’article « Bêtes » suit une progression argumentative très structurée, qui permet à Voltaire de réfuter efficacement la théorie de l’animal-machine.

  • Premier mouvement : une dénonciation véhémente de la thèse cartésienne, marquée par l’indignation et la satire.
  • Deuxième mouvement : une démonstration par l’exemple, à travers des questions rhétoriques et l’observation des comportements animaux.
  • Troisième mouvement : un appel à l’émotion grâce à l’analogie entre l’homme et l’animal, fondée sur la mémoire et le sentiment.
  • Dernier mouvement : une rupture brutale avec la scène de la vivisection, suivie d’un raisonnement logique qui achève de discréditer la théorie machiniste.

Cette progression permet à Voltaire de convaincre le lecteur en associant étroitement émotion et raison.

À travers l’article « Bêtes », Voltaire propose une critique efficace et engagée de la théorie cartésienne de l’animal-machine. En mêlant indignation, émotion et raisonnement logique, il démontre que les animaux possèdent sensibilité, mémoire et capacité d’apprentissage. Ce texte illustre ainsi l’art de l’argumentation des Lumières et invite le lecteur à porter un regard plus humain et plus rationnel sur la condition animale, faisant de Voltaire un précurseur de la réflexion moderne sur la sensibilité des animaux.

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