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Histoire : la Guerre d’Algérie et ses mémoires

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Lorsque l’on parle des mémoires de la Guerre d’Algérie, il faut bien comprendre l’impact que celle-ci a eu autant sur les populations algériennes, pieds-noirs (les Français qui habitaient en Algérie avant la guerre et qui sont revenus en France après celle-ci) et françaises. C’est ainsi que l’on mesure le poids de cette guerre et qu’on se rend compte, qu’encore aujourd’hui, elle est source de débats et de tensions.

Une guerre presque inéluctable

Une France faible qui fait face à de fortes revendications

La Seconde Guerre mondiale a énormément ébranlé les pays européens. À la fin de l’année 1945, la France, l’Allemagne, l’Italie ou encore le Royaume-Uni sont des pays détruits et affaiblis.

Destruction de la Ville de Dresde (Allemagne)

Dans ce contexte, les pays colonisés (par les pays européens) entendent bien réclamer leur indépendance qu’ils espèrent depuis déjà plusieurs décennies. Si certains pays vont accepter l’indépendance de leurs colonies, l’État français va lui s’accrocher à ses colonies qu’il considère nécessaires à sa reconstruction (elles sont effectivement source de richesses et de puissance).

C’est d’ailleurs la raison qui pousse la France à se lancer dans la guerre d’Indochine (actuels Laos, Cambodge et Vietnam) en 1946. Après 8 longues années d’une guerre sans merci, la France s’avoue vaincue et reconnaît l’indépendance de ces 3 pays. En 1956, le Maroc et la Tunisie obtiennent à leur tour leur indépendance.

L’Algérie, un cas particulier

L’Algérie est une des colonies les plus anciennes puisque conquise en 1830 et de nombreux Français s’y sont installés en l’espace de 120 ans. C’est là où le bât blesse : l’Algérie est une colonie de peuplement (beaucoup plus que le Maroc ou la Tunisie) et évidemment, les Français qui vivent en Algérie (les pieds-noirs donc) ne veulent pas d’une indépendance de celle-ci.

Ainsi, métaphoriquement, l’Algérie est considérée comme une partie à part entière de l’État français. L’argument assez particulier qui est alors développé à l’époque : perdre l’Algérie, c’est comme perdre l’Alsace ou la Lorraine, c’est perdre un bout de la France.

Enfin, un élément longtemps mis sous le tapis par l’État français, mais néanmoins important pour expliquer le déclenchement de la Guerre d’Algérie, est la découverte d’un gisement d’hydrocarbures dans le désert du Sahara algérien en 1956.

De fortes inégalités

Le gros problème de la colonisation de l’Algérie est la présence d’inégalités très fortes. Lorsque les pieds-noirs arrivent en Algérie, ils profitent de nombreux avantages et sont de toute manière plus riches que la population autochtone. Ainsi, durant des décennies, les inégalités économiques et sociales vont se développer et surtout s’entretenir mutuellement.

Ainsi, en 1954, le million de pieds-noirs qui vivent en Algérie dominent la politique et l’économie du pays, ce qui crée des crispations entre les pieds-noirs et les 8 millions d’algériens appelés à l’époque indigènes algériens, qui, eux, ne sont pas des citoyens de plein droit et qui sont surtout davantage touchés par la pauvreté.

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Le début de la guerre d’Algérie (1954-1958)

Le déclenchement de la guerre

Tous ces éléments peuvent expliquer ensemble le déclenchement de la guerre.

Le FLN (Front de Libération Nationale), créé en 1945, est le plus important parti indépendantiste algérien en 1954. Le 1er novembre de cette même année, il proclame l’indépendance de l’Algérie et revendique une trentaine d’attentats visant notamment les pieds-noirs. Comme c’est le jour de la Toussaint, on parle alors de la Toussaint rouge.

La France refuse cette proclamation et envoie 5 000 soldats pour réprimer l’insurrection en plus des 12 000 déjà présents sur place. La guerre d’Algérie vient de commencer.

Une guerre asymétrique

La guerre d’Algérie est une guerre asymétrique. En effet, elle n’oppose pas deux armées régulières de deux pays à part entière, mais bien l’armée de la France à un groupe insurrectionnel (le FLN). Pour faire la guerre, le FLN dispose d’une branche armée : l’ALN (Armée de Libération Nationale).

Le but de l’armée française est d’empêcher la diffusion de l’insurrection nationaliste. Ainsi, dès 1955, l’armée va quadriller le territoire algérien en SAS (Sections Administratives Spécialisées) pour apporter un soutien médical et éducatif à la population afin qu’elle n’adhère pas aux revendications nationalistes du FLN.

Cela permet aussi – et surtout – à l’armée française de recenser les populations dites indigènes et d’armer les Algériens favorables à l’armée française. Ils sont appelés les Harkis.

Pour régler la guerre le plus vite possible, la France met les bouchées doubles et fait appel, dès 1956, aux jeunes soldats du contingent, c’est-à-dire ceux qui ont fait leur service militaire. L’armée met également en place une zone interdite qui sert à couper le FLN de ses bases arrière. Ainsi, ce n’est pas moins d’un million et demi de paysans qui sont déplacés dans des camps de regroupement, car ils vivaient dans cette zone.

De plus, les frontières avec le Maroc et la Tunisie sont électrifiées et truffées de milliers de mines. Enfin, sous l’impulsion de généraux français présents en Algérie, l’usage de la torture se généralise au sein de l’armée française.

Les objectifs du FLN

La tactique de l’ALN est simple : ne possédant bien évidemment pas les mêmes moyens militaires que l’armée française, elle mène une guérilla qui vise à harceler les soldats français. De nombreuses embuscades sont tendues à l’armée française et de nombreux attentats sont commis contre les pieds-noirs. À partir de 1958, les attentats du FLN touchent également l’Hexagone.

Plus surprenant, le FLN mène également une lutte féroce et violente contre les autres partis nationalistes algériens comme le MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj, afin d’apparaître comme l’unique interlocuteur du gouvernement français.

Messali Hadj

L’action du FLN est aussi politique et diplomatique. En septembre 1958, le GRPA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) est créé afin d’être reconnu par les autres États, et ce pour s’affirmer en tant qu’État indépendant. Et cela fonctionne, car en 1960, pas moins de 30 pays (comme les États-Unis, l’URSS, la Chine ou l’Inde) reconnaissent l’indépendance de l’Algérie.

Le changement radical dans la guerre et le retour de Charles de Gaulle (1958-1962)

1958 : un changement majeur dans la guerre

La chaotique IVe République voit 8 gouvernements se succéder entre 1954 et 1958 et la non-constitution d’un nouveau gouvernement en avril/mai 1958 sonne le glas de la IVe République.

Le 13 mai, face à cette grave crise politique en métropole, les pieds-noirs prennent peur et organisent une révolte contre l’État français. Profitant des déboires du gouvernement français, les généraux Massu et Salan prennent le pouvoir en Algérie. Ils mettent en place un comité de salut public censé diriger l’Algérie, car ils considèrent que l’État français n’en est plus capable.

Les généraux Massu (à gauche) et Salan (à droite)

Tous comme ces généraux, les élites politiques françaises appellent au retour du Général de Gaulle, seule personne qu’ils jugent capable d’apaiser la situation. Néanmoins, la position de ce dernier n’a pas changé de puis 1946, il réclame la création de la Ve République qu’il juge plus moderne et plus adéquate à la nouvelle gouvernance française et mondiale.

Ainsi, on assiste coup sur coup au retour du général de Gaulle et à la création de la Ve République. Charles de Gaulle est fait Président du Conseil par l’Assemblée nationale le 1er juin 1958. La nouvelle constitution (donc nouvelle République) est adoptée par référendum en septembre 1958.

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La position de Charles de Gaulle

L’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle suscite de grands espoirs pour les partisans de l’Algérie française. En visite en Algérie dès le 4 juin 1958, il déclare au peuple amassé devant lui cette phrase restée dans la légende : “Je vous ai compris” pour les rassurer.

Mais en son for intérieur ce que de Gaulle a effectivement compris c’est que la décolonisation est inévitable et qu’il faut négocier avec les indépendantistes algériens. C’est pourquoi, le 16 septembre 1959, de Gaulle décide de reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple algérien. Ainsi, il permet au peuple algérien de décider lui-même s’il veut rester français ou devenir indépendant.

Ce choix mène à la dernière phase de la guerre d’Algérie, la plus violente.

Une fin sanglante

En 1960, les pieds-noirs (très) mécontents des décisions du président de Gaulle vont provoquer des émeutes à Alger en janvier 1960, c’est la “Semaine des barricades“.

La création en février 1961 de l’OAS (Organisation Armée Secrète) est un parfait exemple de la radicalisation de la guerre d’Algérie. Cette organisation est montée par le général Salan et réunit des partisans de l’Algérie française, principalement des militaires, qui ont pour objectif d’empêcher le gouvernement français de négocier avec le FLN en commettant des attentats en Algérie et en métropole. Ils vont aller jusqu’à tenter d’assassiner de Gaulle.

La guerre d’Algérie devient donc une guerre civile où les Français s’entretuent. Le 22 avril 1961, 4 généraux (Salan, Jouhaud, Challe et Zeller) tentent même un putsch (c’est un coup d’État, mais mené par un militaire) pour prendre le pouvoir par la force à Paris. Cependant, celui-ci échoue puisqu’une grande partie de l’armée reste fidèle au gouvernement.

Au même moment, les Algériens de la métropole manifestent à Paris contre le couvre-feu qui leur est imposé, mais cette manifestation est vivement réprimée et mène à un massacre de plus de 100 personnes (certaines étant même jetées dans la Seine), c’est le Massacre du 17 octobre 1961. C’est pour celui-ci qu’en 2021, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité du gouvernement de l’époque.

Massacre du 17 octobre 1961

La lassitude se fait alors sentir et le 18 mars 1962 les accords d’Évian, qui établissent un cessez-le-feu sur le territoire algérien et accordent l’indépendance à l’Algérie par référendum, sont signés ; marquant ainsi la fin de la Guerre d’Algérie (mais pas celle des violences).

Ce jour-là, 197 attentats sont commis par l’OAS sur le sol algérien tandis que les représailles du FLN envers les Harkis ne font que commencer.

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L’après : ses violences, ses incompréhensions et une mémoire meurtrie

Les conséquences directes

L’Algérie devient officiellement indépendante le 5 juillet 1962. Les conséquences de la guerre d’Algérie sont très importantes : des centaines de milliers d’Algériens combattants ou civils victimes de cette guerre et environ 30 000 soldats français tués.

La fin de la guerre entraîne aussi un déplacement majeur de population avec près d’un million de pieds-noirs (mais également des Harkis) qui reviennent en France dans un chaos complet.

L’attitude la Ve République

Face à une telle débâcle, le pouvoir de l’époque décide de mener une politique de l’oubli. En effet, quasiment rien dans cette guerre n’a été fait de la bonne manière (sans parler de la guerre en elle-même évidemment) et l’État français n’est pas prêt à faire face à tout cela alors même que le pouvoir politique français se stabilise peu à peu.

C’est pourquoi de nombreux Harkis sont abandonnés en Algérie, alors même qu’ils font face à la menace des combattants du FLN.

Il faudra par exemple attendre 1999 et Jacques Chirac pour que la guerre d’Algérie soit reconnu comme une guerre et non comme une simple opération de maintien de l’ordre (cela rappelle un peu la guerre en Ukraine en ce moment et la position de Vladimir Poutine vis-à-vis de celle-ci).

Des mémoires encore et toujours douloureuses

Cela peut s’expliquer assez simplement par la relative proximité historique de cette guerre. En effet, elle prenait fin il y a seulement 60 ans, et de nombreuses personnes parmi les combattants algériens, les militaires français, les pieds-noirs ou les Harkis sont encore vivants, eux ou leurs descendants.

De leur côté, de nombreux pieds-noirs sont nostalgiques de l’Algérie française (la “Nostalgérie“). Mais les Algériens autochtones n’ont de cesse de leur rappeler l’extrême inégalité qui frappait alors le pays.

Les Harkis de leur côté ont évidemment énormément souffert (et souffrent encore) de l’abandon de la France, qu’ils avaient pourtant servie comme leur patrie pendant plus de 8 ans.

La mémoire de la guerre d’Algérie est donc complexe de par sa relative modernité et par les (très nombreux) points de vue développés. On peut dire qu’encore aujourd’hui, c’est une mémoire conflictuelle (et donc loin d’être consensuelle).

Heureusement, progressivement l’État français, ainsi que divers combattants algériens, reconnaissent leurs torts et tendent vers un apaisement des mémoires, aujourd’hui toujours vives, du fait notamment de la proportion assez importante d’Algériens en France.

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