Des étudiants de l'ENS présents à la COP27.

Des étudiants de l’ENS présents à la COP27

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La COP27, conférence des Nations unies sur les changements climatiques, a eu lieu 6 au 18 novembre dernier. À cette occasion, les décideurs du monde entier se sont réunis afin d’aborder les sujets en lien avec les changements climatiques. Des étudiants de l’École Normale Supérieure (ENS) ont eu la chance d’assister à l’événement en tant qu’observateurs. Deux d’entre eux ont répondu à nos questions.

Elsa Bouly et Thibaud Schlesinger, tous deux étudiants à l’École Normale Supérieure, ont eu le privilège de se rendre à Charm el-Cheikh, en Égypte, pour assister aux négociations entre pays conviés à la COP27.

Après une semaine riche en émotions, Elsa, fraîchement débarquée sur le territoire français, et Thibaud, encore sur place, nous ont livré leur ressenti sur l’événement. Décryptage.

À savoir : Chaque année, une dizaine d’étudiants de l’ENS inscrits au séminaire géopolitique du climat du CERES se glissent dans les salles des Nations unies à l’occasion de la COP. En 2022, ils sont sept a avoir été sélectionnés.

Une délégation d’étudiants de l’ENS participe à la COP27

Bonjour tous les deux, pourriez-vous vous présenter et présenter vos formations ? 

Thibaud : Bonjour à tous, je m’appelle Thibaud et suis étudiant à l’ENS, en géographie. Je suis actuellement en master 2 humanités, parcours géographie et géopolitique.

Elsa : Quant à moi, je suis en sciences sociales à l’ENS. Parallèlement, je suis étudiante en master en relations internationales à Sciences Po Paris.

La COP27 est un grand événement, très attendu par les défenseurs de l’environnement, comment vous êtes-vous retrouvés propulsés à Charm el-Cheikh ? 

Elsa : Le projet COPxENS a déjà quelques années maintenant. Il a été instauré par le laboratoire de sciences de l’environnement de l’ENS. Des étudiants sont sélectionnés pour assister en tant qu’observateurs à la COP et doivent ensuite faire une restitution à l’école pour les autres étudiants qui n’ont pas eu la chance de partir.

Comment est sélectionnée la délégation d’étudiants observateurs de l’ENS ? 

Thibaud : Nous devions tous fournir une lettre de motivation et proposer un projet d’études et ce sont ensuite nos professeurs qui nous ont sélectionnés.

Elsa : À savoir également que la délégation choisie rassemble des étudiants de diverses disciplines. Chimistes, géographes, etc. c’est ce qui fait la richesse du projet. Nous avons tous des profils très différents.

Une journée type d’observateur à la COP27

Quel a été votre rôle lors de cette COP27 ? Y a-t-il une journée type dans un événement de la sorte ?

Thibaud : Il n’y a pas vraiment de journée type, non. Notre emploi du temps évolue en permanence. Le matin, on réfléchit aux négociations que nous allons suivre dans la journée, il y a aussi les side events lors desquels des intervenants viennent prendre la parole sur un sujet donné, des conférences thématiques, des pavillons, etc. À un seul et même horaire, plusieurs événements se tiennent en parallèle. Nous devons être très attentifs !

Elsa : Chacun sélectionne les thématiques et les négociations qui l’intéressent le plus. Dans mon cas, je préférais l’aspect plus diplomatique, alors je me concentrais sur les négociations. Pour l’ENS, la seule obligation était d’animer une conférence lors du séminaire sur la transition écologique, puis la restitution en classe, le reste était très libre.

Chaque étudiant présent était affilié à un thème de recherche, quels étaient les vôtres ? 

Elsa : Je faisais partie du département sciences sociales et deux champs d’études m’intéressaient tout particulièrement. En premier lieu, les relations internationales et les pratiques diplomatiques dans le cadre des négociations et, en second lieu, la question des pertes et des préjudices. La question est de savoir si véritablement les états développés vont accepter de financer les pertes que les états subissent et qui sont liées au changement climatique. La montée des eaux pour les états insulaires par exemple.

Thibaud : De mon côté, je faisais partie du département géographie et suis venu avec deux thématiques en tête : l’impact environnemental des transports et l’impact des activités militaires.

« C’est frustrant de voir que les choses n’avancent pas »

Après cette première semaine, quelles sont vos impressions quant à la COP27 ? 

Thibaud : Il y avait des choses auxquelles on pouvait s’attendre et d’autres un peu moins… Je ne m’attendais par exemple pas à une telle lenteur pendant les négociations. Ce qui m’a déçu ? Je dirais le manque d’auto-critique de la part des dirigeants de pays. Quand on se rend sur les pavillons, tous les pays se présentent comme étant les meilleurs… il y a vraiment peu de remise en question et pourtant c’est essentiel pour avancer.

Elsa : Le fait d’être plongée en immersion dans un événement est très déstabilisant, on ne sait pas vraiment où donner de la tête, mais ça nous permet d’apprendre énormément de choses. Je dirais tout de même que c’est un peu décevant, parce qu’on se rend compte que les choses ne vont pas aussi vite qu’on le pense et que tout est très compliqué. Il y a d’un côté la lenteur des négociations et d’autre part, la déception vis-à-vis de l’écologie. Une partie de la délégation avait essayé de se rendre en Égypte autrement qu’en avion et ça n’a abouti à rien, les deux tiers des bâtiments sont des tentes surclimatisées, les participants sont obligés de mettre des pulls, etc. il y a beaucoup d’incohérences à mon goût.

Avez-vous bénéficié d’une préparation à propos des thématiques abordées lors de la COP27 ? 

Thibaud : Tous les étudiants de la délégation assistent à des cours de négociations climatiques, ce qui nous permet de ne pas être trop perdus une fois sur place. Et le simple fait d’avoir été sélectionné par l’ENS montre que nous avons un fort intérêt pour les thématiques abordées lors de la COP27. Nous sommes tous très préoccupés par le changement climatique. Mais il nous manquait quand même quelques petites choses, notamment les abréviations. Lors des négociations, les participants ne discutent qu’avec des abréviations et quand on ne les connaît pas, il faut un petit temps pour s’adapter.

Elsa : Même en étant introduits aux sujets abordés, je trouve qu’on est rapidement perdus. Les représentants nationaux vont parfois s’arrêter sur des points de détails que nous ne connaissons absolument pas, sur un paragraphe précis dans un texte de loi, etc. Il nous manquait quelques clés.

Avec le recul que vous avez aujourd’hui, que pensez-vous de cette COP27 ? Utile ou non ? 

Thibaud : Je suis justement venu en me posant cette question. Avant de me rendre sur place, j’ai lu une tribune qui disait que même si la COP était imparfaite, c’était toujours mieux que rien. Mais depuis que je suis sur place, je me demande si c’est vraiment utile… Toutes les négociations auxquelles j’ai assisté pour le moment ont échoué. Sur les transports par exemple, ils ne sont pas arrivés à un consensus et se sont juste mis d’accord pour en reparler l’année prochaine. Ce n’est pas ce qui donne le plus d’espoir, c’est très décevant ! Il reste encore quelques jours, mais, pour le moment, je suis plus sceptique qu’enthousiaste.

Elsa : C’est frustrant de voir que les choses n’avancent pas. C’est aberrant que certaines problématiques soient simplement repoussées à plus tard. Nous n’avons plus le temps ! J’ai envie de rester optimiste, les pays se rencontrent régulièrement, discutent, etc. ça créé des réseaux interpersonnels et j’ai envie de croire que ça fait avancer les choses. Contrairement à Thibaud, j’ai assisté à une négociation qui a abouti à un accord. C’était un grand moment !

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