Et si une seringue pouvait devenir une arme diplomatique ? Pendant la pandémie de Covid-19, plusieurs pays ont utilisé la distribution de vaccins comme un levier d’influence mondiale. En offrant ou en vendant leurs doses, ils ne cherchaient pas seulement à sauver des vies : ils espéraient aussi gagner du prestige, renforcer des alliances et étendre leur influence.
C’est ce qu’on appelle la « diplomatie du vaccin », une nouvelle forme de soft power au XXIe siècle.
Jusqu’où la santé peut-elle devenir un instrument géopolitique ?
Des vaccins transformés en outils stratégiques
Chine et Russie à l’offensive
La Chine et la Russie ont été parmi les premières à lancer cette stratégie. Pékin a multiplié les dons et ventes de vaccins Sinopharm et Sinovac en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Moscou, de son côté, a promu son vaccin Spoutnik V comme symbole de son savoir-faire scientifique.
Ils ont comme objectif de renforcer leur image de puissances solidaires et fiables, en particulier auprès des pays en développement qui avaient du mal à accéder aux doses occidentales.
Les États-Unis et l’Europe en réaction
D’abord critiqués pour leur accaparement des vaccins, les pays occidentaux ont ensuite déployé leurs propres programmes d’aide, notamment via l’initiative internationale COVAX, soutenue par l’OMS.
Ils ont cherché à contrer l’influence chinoise et russe, tout en se présentant comme les défenseurs du multilatéralisme et de l’accès universel à la santé.

Une arme de soft power aux effets ambivalents
Une influence gagnée à court terme
Dans certains pays, la diplomatie du vaccin a porté ses fruits.
- En Serbie, l’accès rapide au Spoutnik V a renforcé les liens avec Moscou.
- En Afrique, plusieurs gouvernements ont salué la réactivité de la Chine.
Les vaccins sont devenus des symboles de proximité politique, capables d’orienter les alliances diplomatiques.

Mais aussi des critiques
Toutefois, cette diplomatie a ses limites. Certains vaccins, jugés moins efficaces, ont terni l’image de leurs producteurs.
Exemple : la méfiance autour de Spoutnik V ou de Sinovac a limité leur impact en Europe et dans certaines parties du monde.
De plus, de nombreux pays du Sud ont dénoncé la lenteur des dons occidentaux et la logique de compétition entre grandes puissances, plutôt qu’une réelle solidarité mondiale.
Une nouvelle dimension de la géopolitique de la santé
Santé et pouvoir au XXIe siècle
La pandémie a montré que la santé est désormais un enjeu de sécurité internationale. Celui qui contrôle les vaccins contrôle non seulement la santé des populations, mais aussi une part de la stabilité économique et sociale mondiale.
Vers une diplomatie sanitaire durable ?
Au-delà du Covid-19, cette expérience pourrait ouvrir la voie à une diplomatie sanitaire plus structurée :
- Accès aux médicaments essentiels
- Coopération scientifique
- Partage de technologies médicales
Mais restera la question centrale : s’agit-il d’un véritable effort de solidarité, ou d’une nouvelle manière de projeter sa puissance sur la scène mondiale ?
Entre solidarité et stratégie
La diplomatie du vaccin illustre parfaitement le soft power : une puissance n’impose pas par la force, mais séduit et influence par des moyens non militaires.
Elle a révélé combien la santé mondiale est devenue un champ de compétition stratégique.
Entre solidarité sincère et calculs géopolitiques, la diplomatie sanitaire continuera sans doute de jouer un rôle important dans les grandes rivalités internationales.







