L’aspect verbal et le choix du temps dans la narration : raconter une histoire en russe

L’aspect verbal et le choix du temps dans la narration : raconter une histoire en russe

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Raconter une histoire en russe, ce n’est pas seulement choisir entre passé, présent et futur. C’est surtout savoir manier l’aspect verbal, cette catégorie grammaticale centrale qui façonne la manière dont tu présentes les événements. Le russe exige que tu te demandes : l’action est-elle vue comme un processus ou comme un fait accompli ?

Cette distinction, simple en apparence, devient essentielle dès que tu cherches à construire un récit. Car en russe, le temps verbal ne suffit pas : il faut aussi sélectionner le bon aspect. C’est cette double logique, aspect et temps, qui donne à la narration russe sa précision et sa couleur particulière.

Pourquoi l’aspect est incontournable dans la narration

Imaginons une scène : tu racontes ta journée d’hier. En français, tu dis : « Je lisais quand il est arrivé ». Tu opposes l’imparfait (action en cours) et le passé composé (action ponctuelle). Le russe, lui, n’a pas cette opposition entre imparfait et passé simple. À la place, il utilise le couple imperfectif/perfectif.

  • « Я читал, когда он пришёл. »
    Ici, « читал » (imperfectif) insiste sur le déroulement de l’action de lire, tandis que « пришёл » (perfectif) présente l’arrivée comme un fait achevé.

Raconter en russe, c’est donc toujours choisir entre décrire un processus ou marquer une borne dans le temps. Ce choix détermine le rythme et la texture du récit.

Imperfectif et perfectif : deux regards sur le monde

L’imperfectif décrit une action en cours, répétée ou sans insister sur sa fin. Il peint le mouvement.
Le perfectif, au contraire, enferme l’action dans un cadre : elle est accomplie, ponctuelle, résolue.

Comparons :

  • « Он писал письмо » : il écrivait une lettre (on voit le processus, sans savoir si la lettre est finie).
  • « Он написал письмо » : il a écrit la lettre (et l’a terminée).

Dans une narration, ces nuances construisent la perception des événements. Le choix de l’aspect, plus encore que celui du temps, guide le lecteur ou l’auditeur dans la chronologie et l’importance des faits.

Le passé : le terrain privilégié du récit

La majorité des histoires se racontent au passé. En russe, les deux aspects s’y expriment facilement.

  • Imperfectif au passé : pour planter le décor, décrire des habitudes, évoquer des actions parallèles.
    Exemple : « Каждый день он читал газету » : chaque jour il lisait le journal.
  • Perfectif au passé : pour marquer un événement précis, une étape franchie.
    Exemple : « Он прочитал газету и вышел из дома » : il a lu le journal et est sorti de la maison.

Une narration équilibrée alterne ces deux valeurs : l’imperfectif pour donner de la profondeur, le perfectif pour avancer dans l’intrigue.

Le présent narratif : un outil de mise en scène

En français, on peut raconter au présent : « Hier, je sors de chez moi et je vois Paul… ». Le russe utilise aussi ce présent de narration pour dynamiser le récit, surtout à l’oral.

Exemple :
« Я иду по улице, вдруг вижу — он стоит передо мной. »
Je marche dans la rue, tout à coup je le vois : il est devant moi.

Le présent donne de l’immédiateté, mais reste moins fréquent qu’en français. Dans un récit écrit, il garde une valeur stylistique marquée.

Le futur dans la narration

Raconter au futur est rare, mais possible pour créer de la tension ou projeter une suite. En russe, tu peux utiliser :

  • Le futur imperfectif : « Я буду читать » (je lirai, en insistant sur le processus).
  • Le futur perfectif : « Я прочитаю » (je lirai, et j’aurai fini).

On le retrouve dans les contes ou les annonces de destin :
« Завтра он придёт и всё изменится » : demain il viendra et tout changera.

Construire une intrigue : quand l’aspect rythme le récit

La narration russe joue sur l’alternance :

  • L’imperfectif peint les arrière-plans : « Дети играли во дворе, солнце светило… » : les enfants jouaient dans la cour, le soleil brillait.
  • Le perfectif fait basculer l’histoire : « Вдруг появился человек » : soudain un homme apparut.

C’est cette combinaison qui permet de créer une dynamique, exactement comme l’alternance imparfait/passé simple en français. Mais ici, le levier n’est pas le temps, c’est l’aspect.

Étude de cas : un mini-récit

Lis cette courte histoire :

« Вчера я встал очень рано. Сначала я пил кофе и читал новости. Потом я вышел из дома и встретил друга. Мы долго разговаривали, а потом он пригласил меня к себе. »

Analyse :

  • « пил », « читал » : imperfectif → ambiance, actions de fond.
  • « вышел », « встретил », « пригласил » : perfectif → événements décisifs, qui structurent l’avancée.

Entraîne-toi en analysant de la même manière ce court récit :

L’aspect verbal et le choix du temps dans la narration : raconter une histoire en russe

La narration russe se construit ainsi, par une mosaïque où chaque verbe est choisi pour sa valeur aspectuelle.

Les pièges à éviter

Le principal piège pour un francophone, c’est de chercher à transposer directement nos temps. Tu risques de dire :

« Я читал книгу » pour « j’ai lu le livre », alors que le russe comprend « j’étais en train de lire ». Pour « j’ai lu », il faut le perfectif : « я прочитал книгу ».

Autre piège : employer le perfectif là où l’imperfectif est requis. Dire « Когда он прочитал книгу, он лёг спать » revient à dire « Une fois qu’il eut lu le livre, il se coucha ». Si ton intention était simplement de dire qu’il lisait avant de dormir, il faut l’imperfectif : « Когда он читал книгу, он лёг спать ».

Quiz : teste tes connaissances !

Transforme les phrases en conjuguant les verbes donnés à la forme correcte, en choisissant entre l’imperfectif et le perfectif.

  1. « Я … (читать) газету, когда он … (прийти). »
  2. « Он … (написать) письмо и … (уйти). »
  3. « Каждый день мы … (играть) в футбол. »
  4. « Когда я был маленький, я часто … (гулять) в лесу. »
  5. « Вчера вечером мы … (смотреть) фильм, и он мне очень … (понравиться). »
  6. « Они долго … (ждать) автобус, но он так и не … (приехать). »
  7. « Как только она … (открыть) дверь, дети … (закричать) от радости. »

Réponses :

  1. Я читал газету, когда он пришёл.
    (action en cours interrompue par une action ponctuelle).
  2. Он написал письмо и ушёл.
    (suite d’actions accomplies, aspect perfectif).
  3. Каждый день мы играли в футбол.
    (action répétée, habituelle, donc imperfectif).
  4. Когда я был маленький, я часто гулял в лесу.
    (habitude du passé).
  5. Вчера вечером мы смотрели фильм, и он мне очень понравился.
    (visionnage : processus → imperfectif ; impression finale → perfectif).
  6. Они долго ждали автобус, но он так и не приехал.
    (attente prolongée : imperfectif ; absence de réalisation : perfectif au négatif).
  7. Как только она открыла дверь, дети закричали от радости.
    (enchaînement d’actions ponctuelles : perfectif).

Raconter une histoire en russe, c’est jouer sur deux échelles : le temps (passé, présent, futur) et surtout l’aspect (imperfectif ou perfectif). L’imperfectif déroule, installe, décrit. Le perfectif clôt, ponctue, fait avancer. C’est de leur alternance que naît le rythme du récit.

En comprenant que le russe n’oppose pas imparfait et passé simple, mais processus et achèvement, tu franchis un cap décisif. Ton russe cesse alors d’être une traduction maladroite du français pour devenir une narration vivante, authentique, à la manière des écrivains russes.

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