L’amour était au cœur de la vie et de la pensée des Grecs anciens, mais il ne se réduisait pas à une seule notion comme souvent aujourd’hui. Au contraire, la langue grecque ancienne possède toute une palette de mots pour désigner différentes formes d’amour, chacune avec ses nuances précises, ses contextes particuliers et ses implications culturelles.
Le vocabulaire principal de l’amour en grec ancien
Loin d’un unique sentiment, les Grecs distinguaient plusieurs formes d’amour, chacune ayant son mot-clé :
Ἔρως (Eros) : l’amour passionné et sensuel
Le terme ἔρως désigne un désir intense, souvent charnel, et la passion amoureuse au sens le plus vif. Il présente un amour d’attraction puissante, parfois même d’obsession : l’élan vers l’autre, l’ardeur du désir.
- Origine et usage : dans la mythologie, Éros est aussi le dieu de l’amour, symbolisant ce feu irrésistible. En poésie, comme chez Sappho, ἔρως exerce un pouvoir consommant et bouleversant.
- Exemple littéraire : Sappho, fragment sur l’ardeur amoureuse.
- Dimension négative : Souvent, ἔρως entraîne souffrance, jalousie ou déraison (cf. tragédies).
Φιλία (Philia) : l’amour amical et bienveillant
Φιλία est le terme qui désigne l’attachement fondé sur la confiance, l’amitié, la fidélité, souvent durable et réciproque.
- Philosophie : Aristote en fait un élément central de la vie sociale et politique.
- Dans la vie courante : designait aussi les liens familiaux et les affinités entre membres d’une cité.
- Exemple littéraire : Dans les dialogues de Platon, la philia unit les disciples.
Στοργή (Storgê) : l’amour naturel, filial et familial
Ce mot signifie l’affection, la tendresse naturelle qui unit parents et enfants, et les membres d’une même famille.
- Naturel et instinctif, il diffère de l’amour acquis ou choisit socialement.
- Se retrouve dans les tragédies, où la στοργή peut motiver actes héroïques ou drames.
Ἀγάπη (Agapê) : l’amour spirituel et universel
À la différence d’Éros, l’ἀγάπη réunit la notion d’amour altruiste, généreux, souvent religieux ou philosophique.
- Étymologie et développement : terme peu usité dans le grec classique mais qui prendra une importance capitale dans la littérature chrétienne.
- Il désigne l’amour envers autrui sans attente de retour, au-delà du désir physique.
Ἐπιθυμία (Epithumia) : le désir et la convoitise
Ce terme désigne un désir, mais plus généralement l’appétit ardent, parfois pour des biens ou plaisirs divers. Souvent proche d’ἔρως, mais plus large.
Nuances importantes : différents amours dans la littérature grecque
Les lettres grecques sont riches de textes qui illustrent ces nuances.
- Sappho exprime souvent un ἔρως qui mêle plaisir et souffrance, attirance intense et nostalgie.
- Platon, dans Le Banquet, distingue l’amour charnel et érotique (ἔρως) de la quête philosophique d’un amour de l’âme (philia et au-delà).
- Dans la tragédie, l’amitié (φιλία) peut devenir trahison ou un lien solide selon les circonstances.
Expressions idiomatiques et proverbes autour de l’amour
Certains proverbes grecs reflètent cette richesse :
- « Ἔρως ἀνίκατε μάχαν » – « L’amour mène une guerre invincible » (Sophocle) : amour plus fort que toute opposition.
- « Φιλία πολυπραγμοσύνη οὐ παρέχει » – « L’amitié n’est pas compatissante à l’ingérence » (Proverbe) : la vraie amitié respecte la liberté.
- « Στέργειν ὡς πατὴρ » – aimer comme un père : amour naturel et protecteur.
Comment traduire ces termes d’amour en français ?
La traduction des mots d’amour grecs pose le défi de respecter chaque nuance. Par exemple :
- Traduire ἔρως systématiquement par « amour » ou « passion »? Parfois oui, mais parfois « désir » ou « ardeur » est plus juste.
- Φιλία ne se confond pas avec « amitié » purement affective, car elle suppose aussi loyauté et engagement.
- Ἀγάπη gagnerait souvent à être expliquée plutôt que traduite simplement par « charité » ou « amour », pour conserver sa profondeur spirituelle.







