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Français : le mouvement littéraire de la négritude

À lire dans cet article :

Dans le cadre de la préparation aux épreuves anticipées de français, nous te proposons une fiche sur le mouvement littéraire de la négritude, afin d’agrémenter tes copies de références et exemples solides.

Qu’est-ce que la négritude ?

Pour commencer, nous tenons à te faire remarquer que le terme de « nègre », qui ne s’emploie plus aujourd’hui en raison de son caractère injurieux, ne revêtait pas un sens raciste au moment où les auteurs de ce mouvement l’employaient. C’est la raison pour laquelle tu trouveras quelques citations de ces auteurs dans cet article qui utilisent ce terme.

Les fondements de la négritude

La négritude est un mouvement à la fois littéraire et politique, fondé à Paris dans les années 1930 par des étudiants noirs des Antilles et de l’Afrique. Les fondateurs du mouvement sont Aimé Césaire (1913-2008), Léopold Sédar Senghor (1906-2001), et Léon-Gontran Damas (1912-1978). Leur objectif à travers la fondation de ce courant était d’éliminer les barrières entre les étudiants des colonies françaises. Leur souci se portait à la fois sur la collaboration entre les Noirs du groupe, mais aussi de l’unité de leur race. Ces inquiétudes ont inspiré la négritude.

Les fondateurs du mouvement de la négritude étaient en partie inspirés par leurs rencontres avec les membres de la « Harlem Renaissance », car bon nombre d’entre eux avaient rejoint la France pour échapper au racisme et à la ségrégation aux États-Unis. Parmi d’autres, ils ont rencontré les écrivains Langston Hughes et Richard Wright et les musiciens jazz Duke Ellington et Sidney Bechet.

Le rôle du journal L’Étudiant noir

L’Étudiant noir, sous-titré « Journal mensuel de l’association des étudiants martiniquais en France », est une revue créée par le Martiniquais Aimé Césaire en 1935 à Paris. C’est Césaire, devenu président de l’Association des étudiants martiniquais en France en 1934, qui lui donne ce nom.

Une de l'Etudiant noir

Première une de l’Étudiant noir, mars 1935 (source : Gallica, Bibliothèque nationale de France)

Le Guyanais Léon-Gontran Damas y a publié ses premiers poèmes et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor ses premiers articles. Damas le définira ainsi : « l’Étudiant noir, journal corporatif et de combat, avait pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au Quartier Latin ! On cessait d’être étudiant martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain et malgache, pour n’être qu’un seul et même étudiant noir ». Cette revue était donc le terrain d’expression, la tribune des figures de proue de la négritude, dans laquelle ils exprimaient leurs idées et qui a permis de les diffuser.

Définition de la négritude par ses fondateurs

La Négritude se veut universelle, un mouvement qui embrasse toutes les populations noires du monde. Or, c’est un mouvement complexe qui dénonce le colonialisme, rejette la domination occidentale, et défend la notion du « soi noir ». C’est à travers la littérature que Césaire et Senghor commencent à trouver leurs voix politiques, et chacun joue un rôle important dans sa région à la suite de la décolonisation. Senghor la définit comme suit : « « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être Noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ».

Césaire emploie le mot avec des sens différents : le mot signifie l’ensemble des noirs comme « Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois » ; il signifie aussi conceptuellement « l’être-dans-le-monde du Nègre » selon l’expression de Jean-Paul Sartre dans Orphée noir.

Des conceptions divergentes de la négritude

Les trois fondateurs de ce mouvement n’ont pas vécu les mêmes réalités historiques : c’est qui explique les différentes significations de ce mouvement. Ainsi, les Antillais ont connu un double exil : en France, ils prônent le retour au pays natal, les Antilles. Aux Antilles, ils revendiquent l’Afrique comme leur pays d’origine où ils retrouvent leurs vraies sources. Selon Léon- Gontran Damas, la négritude est « Le mouvement tendant à rattacher les Noirs de nationalité et de statut français, à leur histoire, leurs traditions et aux langues exprimant leurs âmes ».

Pour Léopold Sédar Senghor, la négritude militante consiste à assumer un passé, à le faire renaître, à l’actualiser et à le féconder au besoin par les influences étrangères afin que les nègres apportent leur contribution à la civilisation de « l’universel ». Il ajoute « Pour moi, je visais surtout à analyser et à exalter les valeurs traditionnelles de l’Afrique noire ».

NB : l’expression « Afrique noire » ne s’emploie plus, et doit être remplacée par « Afrique subsaharienne ».

Lire aussi : La poésie du XIXe au XXIe siècle

Les grandes figures de ce mouvement

Léopold Sédar-Senghor

Né en 1906 et mort en 2001, Léopold Sédar-Senghor est un homme d’État français puis sénégalais, poète, écrivain et premier président de la République du Sénégal. Il est ministre en France avant l’indépendance du Sénégal et est le premier Africain à siéger à l’Académie française.

Il est le symbole de la coopération entre la France et ses anciennes colonies pour ses partisans ou du néocolonialisme français en Afrique pour ses détracteurs. Sa poésie, fondée sur le chant de la parole incantatoire, est construite sur l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences.

Aimé Césaire

Né en 1913 et mort en 2008, Aimé Césaire est un écrivain et homme politique français, à la fois député, maire, poète, dramaturge, essayiste et biographe.

Fondateur et représentant majeur du mouvement littéraire de la négritude, c’est un anticolonialiste convaincu. Il mène en parallèle une carrière politique en tant que député de la Martinique, d’où il est originaire, et maire de Fort-de-France durant cinquante-six années consécutives, de 1945 à 2001.

Léon-Gontran Damas

Né en 1912 et mort en 1978, Léon Gontran-Damas est un poète, écrivain et homme politique français. Après une scolarité brillante qui lui permet de poursuivre des études universitaires en droit puis en langues (russe, japonais et baoulé) à l’École des langues orientales de Paris (aujourd’hui l’INALCO), il rencontre de nombreux intellectuels et artistes noirs de tous horizons et participe dans cette émulsion intellectuelle à l’émergence du mouvement de la Négritude.

Aux côtés d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, il lutte activement contre l’assimilationnisme et critique le colonialisme. Il écrit dans des revues parisiennes telles que La Revue du monde noir (1931-1932). Les thèmes principaux de ses œuvres sont la solitude, l’exil, la honte de l’assimilation et la critique de l’exotisme. Contrairement à ses pairs, il n’hésite pas à se consacrer exclusivement à la littérature et à demeurer plus libre dans ses propos.

Il s’engage brièvement en politique et est député de Guyane de 1948 à 1951. Il est proche de la gauche marxisante de laquelle il est issu de par ses fréquentations parisiennes. Jusqu’à la fin de sa vie, il entreprend de nombreux voyages afin de promouvoir les cultures africaines. Bien que moins connu du grand public par rapport à Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor, il reste une figure incontournable de la Négritude.

La négritude aujourd’hui

La créolité

La plupart des artistes et d’intellectuels actuels n’utilisent plus les théories de la négritude, sans pour autant nier son importance, en particulier au sein du mouvement de la Créolité.

Ce dernier est né en Martinique dans les années 1980 sous la plume de Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé. Le trio publie ainsi en 1989, L’éloge de la Créolité. Ce mouvement littéraire a pour but de défendre les valeurs culturelles et spirituelles propres aux créoles des Antilles françaises.

Critiques de ce mouvement

« Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il saute sur sa proie », selon la formule de l’écrivain nigérian Wole Soyinka en se moquant des poètes de la négritude. Concept controversé, accusé de promouvoir le racisme anti-raciste, cette réflexion sur « l’être-dans-le-monde-noir » a toutefois été une pensée féconde, à l’origine d’une riche production littéraire et artistique qui a changé le regard que nous portons sur le continent noir. La Négritude a aussi été une idéologie de libération politique.

Les rôles de la Négritude

Un rôle social et politique

Tout d’abord, la négritude a été un instrument de lutte utilisé par les intellectuels, à qui revient le rôle d’éclaireur et donner au peuple le sens critique et la liberté. En ce sens, libérer le peuple revient à revendiquer sa liberté politique et culturelle et à faire connaître à l’Occident les aspirations des peuples asservis.

Dans le texte « Cahier d’un retour au pays natal », Césaire dénonce avec violence la colonisation qui a plongé son pays dans la misère. C’est une poésie engagée, au-delà de la critique de la colonisation, c’est une louange du monde noir. Il y donne beaucoup de détails sur les agressions quotidiennes subies par son pays mettant en valeur les champs lexicaux de la violence et de l’humiliation pour décrire le calvaire de la population colonisée.

Le rôle d’outil esthétique

Pour Senghor, la culture noire tire sa force de sa proximité avec la nature et ses ancêtres, là où la culture occidentale s’en est coupée ; les Noirs seraient davantage intuitifs, tandis que les Européens seraient cartésiens. Il résume à ce titre ce mouvement dans la formule suivante : « La négritude est le patrimoine culturel, les valeurs et surtout l’esprit de la civilisation négro-africaine ». Pour revaloriser ce patrimoine, les auteurs noirs africains sont amenés à se servir du rythme et de l’image, à travers un double objectif : à la fois réhabiliter les Noirs en valorisant leurs cultures ancestrales et participer à l’édification de la civilisation de l’universel.

Pour aller plus loin

France culture a réalisé une série d’émissions radio ayant pour objet la négritude et les figures qui ont porté ce mouvement. Ces dernières sont disponibles en podcasts, que tu peux consulter en te rendant sur ce lien.

Conclusion

Le mouvement de la Négritude s’est imposé surtout dans le domaine de la poésie avec pour thèmes la souffrance des Noirs, l’appel à la révolte, l’exaltation triomphaliste de l’Afrique pré-coloniale. Avant d’être l’objet de la critique de nouvelles générations, qui lui reprocheront de trop s’ancrer dans les valeurs raciales et de se complaire dans les mythologies, la négritude a exercé un rayonnement incomparable, pour prendre aujourd’hui des formes nouvelles.

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