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Français : comment analyser un poème ?

À lire dans cet article :

Tu le sais, connaître les outils te permettant d’analyser un poème est essentiel pour le comprendre et surtout l’expliquer. Pour t’aider à y voir clair et briller en commentaire de texte en français, nous te proposons de lire cet article méthodologique.

Qu’est-ce que la poésie ?

La poésie est un art littéraire visant à communiquer messages ou expériences à des lecteurs différents. Le poème est le texte qu’utilise cet art. Longtemps très codifié, il est de plus en plus libre, et peut se présenter en vers ou en prose.

Les différentes formes poétiques

Les poèmes à forme fixe sont composés selon des schémas précis, et comportent un nombre de strophes défini.

Par exemple, la ballade est un poème de trois strophes semblables qui présente un refrain au dernier vers.

Le sonnet est un poème composé de deux quatrains (strophes de quatre vers) et de deux tercets (strophes de trois vers). Mais il existe aussi des poèmes en vers libres dont aucune loi ne régit la forme, en particulier le nombre de strophes.

Enfin, certains poèmes sont en prose, c’est-à-dire que la disposition en vers disparaît totalement.

Lire aussi : La poésie aux XVIIe et XVIIIe siècles

Les outils de la versification

Pour analyser un poème, il est nécessaire de maîtriser certains éléments de versification. Il faut toujours associer le repérage de ces procédés avec l’effet qu’ils produisent.

Les strophes

Une ligne d’un poème est appelée strophe. Chacune d’elles a un nom particulier attribué en fonction du nombre de syllabes qu’elle contient.

Un vers Monostique
Deux vers Distique
Trois vers Tercet
Quatre vers Quatrain
Cinq vers Quintil
Six vers Sizain
Sept vers Septain
Huit vers Huitain
Neuf vers Neuvain
Dix vers Dizain
Onze vers Onzain
Douze vers Douzain
Treize vers Treizain
Quatorze vers Quatorzain
Quinze vers Quinzain
Seize vers Seizain
Au-delà de seize vers Pas de nom particulier

Compter les syllabes

Pour compter les syllabes :

  • le « e muet » (ou « e caduc ») se prononce devant une consonne
  • il ne se prononce pas devant une voyelle ou un h muet
  • il ne se prononce pas en fin de vers
  • attention aux diérèses et aux synérèses

Notons qu’à partir de la fin du Moyen-Âge, les poèmes sont souvent isométriques : tous leurs vers ont le même nombre de syllabes (mais il existe des exceptions, comme les fables). De plus, à partir de la fin du XIXe siècle et l’invention du vers libre, de plus en plus de poèmes sont hétérométriques.

Le rythme

Le poète crée souvent des rimes, c’est-à-dire des répétitions de sons en fin de vers.

Il existe à ce titre trois dispositions :

  • Les rimes suivies ou plates (elles se suivent deux par deux : AABB) ;
  • Les rimes croisées (une rime en croise une autre : ABAB) ;
  • Les rimes embrassées (une rime « prend dans ses bras » une autre rime : ABBA).

Le poète peut créer des allitérations (répétition de sons consonnes) et des assonances (répétition de sons voyelles).

Rejet, contre‑rejet, enjambement

  • L’enjambement se définit comme un groupe syntaxique qui déborde sur le vers suivant de façon symétrique. Cela crée un effet de continuité.

Exemple :

“Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime et qui m’aime”.

(Verlaine, « Mon rêve familier »)

  • Le rejet est un groupe syntaxique se terminant au début du vers suivant, qui crée ainsi un effet de rupture.

Exemple :

“Petit‑Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse”.

(Rimbaud, « Ma bohème »).

  • Le contre‑rejet désigne un groupe syntaxique qui débute à la fin du vers précédent et qui se poursuit sur le suivant ; il est ainsi mis en valeur.

Exemple :

“Souvenir, souvenir, que me veux‑tu ? L’automne

Faisait voler la grive à travers l’air atone”.

(Verlaine, « Nevermore »)

Les rimes

Il existe plusieurs types de rimes, qu’il te faut maîtriser afin d’être en mesure d’analyser avec précision les sonorités et la volonté du poète à travers ces vers.

  • La rime pauvre (1 son). Exemple :

“Feuilles de jour et mousse de rosée,

Roseaux du vent, sourires parfumés

(Éluard, “La courbe des tes yeux”). Ici, la rime finale entre “rosée” et “parfumés” est une rime pauvre puisque le son “é” final en commun entre les deux mots de fait qu’une syllabe.

  • La rime suffisante (2 sons). Exemple :

“Rome de Rome est le seul monument,

Et Rome Rome a vaincu seulement“.

Du Bellay, “Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome”. Dans cet exemple, la rime entre “monument” et “seulement” est suffisante puisqu’il y a deux sons en commun à la fin de ces deux mots : “m” et “an”.

  • La rime riche (3 sons). Exemple :

“Cependant, s’élançant de la flèche gothique,

Un son religieux se répand dans les airs,

Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique

Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts”.

Lamartine, “L’Isolement”. Dans le cadre des vers 1 et 3 aux rimes croisées (ABAB), “gothique” et “rustique” sont des rimes riches car ces deux mots comprennent trois sons en communs : “t”, “i” et “que”.

Le mètre ou la métrique

C’est le nombre de syllabes du vers : un alexandrin est un vers de 12 syllabes, un décasyllabe un vers de 10 syllabes. Voici un tableau récapitulatif :

5 syllabes Pentasyllabe
6 syllabes Hexasyllabe
7 syllabes Heptasyllabe
8 syllabes Octosyllabe
9 syllabes Ennéasyllabe
10 syllabes Décasyllabe
12 syllabes Alexandrin

Les sonorités

Les sonorités sont des éléments essentiels à repérer lorsque tu étudies un poème, car elles peuvent induire des sensations par les mots, par exemple l’impression de bruissement des feuilles des arbres au printemps. Pour cela, voici quelques figures incontournables à maîtriser :

  • L’assonance est la répétition d’un son vocalique.

Exemple : « Les houles, en roulant des images des cieux… » (Baudelaire)

Le son “ou” qui se retrouve consécutivement dans “houles” et “roulant” mime en quelque sorte le mouvement de roulement que font les vagues.

  • L’allitération est la répétition d’un son consonantique (d’une consonne).

Exemple : « Les violons vibrant derrière les collines. » (Baudelaire)

Les deux mots débutant par un “v” donnent l’impression d’une vraie vibration par la prononciation de cette lettre ; cela est renforcé par la lecture à voix haute.

Les images

Les poèmes sont également un moyen, par les mots, de faire naître des images dans l’esprit du lecteur, et ce, grâce à plusieurs figures de style. En voici les principales :

  • La comparaison rapproche deux éléments autour d’un point commun, à l’aide d’un outil de comparaison (comme, tel, ressembler à…).
  • La métaphore est une comparaison exprimée sans outil de comparaison.
  • La personnification est l’art d’attribuer à un animal, un objet ou un élément abstrait un comportement humain (la parole, des sentiments…).

Pour aller plus loin, nous t’invitons à consulter notre article complet sur les figures de style, qui te sera utile pour les retrouver dans les poèmes qui te sont donnés à étudier.

Lire aussi : La poésie du XIXe au XXIe siècle

Le sens du poème

Avant toute chose, il te faut t’interroger sur le cadre spatio-temporel (le temps et le décor) du poème. Pour cela, tu devras répondre aux quatre questions suivantes : quelle est l’atmosphère qui se dégage du texte ? Quelle est son énonciation ? Qui parle et à qui ? Et enfin quels sont ses thèmes évoqués ? Voici ci-après quelques éléments pour te guider !

Pour déterminer le cadre spatio-temporel

Afin de déterminer où et quand l’action se déroule, il te faut déceler la présence d’adverbes de temps (hier, aujourd’hui, demain, etc.), la présence d’adverbes (ici, là, etc.), de noms propres (lieux) ainsi que d’adjectifs descriptifs. Intéresse-toi au vocabulaire et demande-toi s’il est mélioratif ou péjoratif. De plus, certains sens (vue, ouïe, odorat, etc.) sont exploités pour vivifier le texte. Le lieu ou l’ambiance sont symboliques.

Pour déterminer le ou les grands thèmes du poème

La poésie a ceci de particulier qu’elle met en avant plusieurs grands thèmes récurrents à travers les époques, dont voici une liste non exhaustive :

  • L’amour, l’amitié ;
  • La nature ;
  • La beauté ;
  • La mort ;
  • Le temps qui passe ;
  • La guerre ;
  • Le poète et sa mission, etc.

Une fois ce ou ces grands thèmes identifiés, il te sera plus facile d’orienter ton analyse et de repérer ce que le poète a voulu mettre en avant.

Les enjeux poétiques

Ainsi, un poème peut servir divers objectifs et traiter différents thèmes qu’il faut analyser. Selon le sujet choisi et le courant poétique dans lequel s’inscrit le poète et plus particulièrement un recueil ou même un poème, les procédés à l’œuvre varient.

Le poème lyrique

Le poème lyrique vise à parler de soi. Les principaux procédés utilisés sont les champs lexicaux des sentiments, des émotions, des sensations. On note également la présence importante de la première personne du singulier et des figures de style (comparaisons, métaphores, métonymies). Les thèmes de l’amour, du temps qui passe, de la mort y sont également particulièrement présents.

Le poème engagé

Le poème engagé vise à défendre une cause, à faire partager son indignation. Les procédés utilisés les plus récurrents sont l’interpellation du lecteur, les champs lexicaux de la violence, de la justice, de l’opinion. Cela est notamment visible par l’emploi de figures de style telles que les anaphores ou les antithèses.

Les thèmes sont avant tout historiques, politiques, religieux, sociaux…

Les grandes familles de poèmes

Finalement, on peut classer les poèmes dans quatre grandes catégories en fonction de leur but :

  • Exprimer : des émotions heureuses (l’amour, l’amitié́) ou malheureuses (deuil, angoisse, peur de la mort, fuite du temps, etc.) ;
  • Célébrer ou dénoncer : Un fait, un événement, une personne ou un groupe. La poésie peut devenir une arme de dénonciation (poésie engagée) ;
  • Révéler : différentes facettes de la réalité́ dont le lecteur n’a pas toujours conscience. Le poète est un guide, il nous fait ouvrir les yeux ;
  • Inventer : un nouveau langage afin de renouveler les images (fonction esthétique de la poésie, avec par exemple le mouvement littéraire du Parnasse).

Conclusion

Pour conclure, l’analyse poétique se fonde sur différents points : l’enjeu du texte (poésie lyrique, poésie engagée), les procédés à l’œuvre pour servir ces enjeux (figures de styles, champs lexicaux), la forme du poème (forme fixe, vers libres) et enfin la versification (rythme, rimes, sonorités). Ces deux derniers sont toujours à mettre en parallèle avec l’analyse du sens et du thème.

Nous espérons que cette fiche méthode destinée à analyser les différents éléments d’un poème t’aura été utile. Si tu souhaites consulter d’autres articles afin de te préparer au mieux aux épreuves du bac de français, nous te donnons rendez-vous ici ! Tu y trouveras des ressources sur les œuvres au programme, des biographies d’auteur(e)s et des conseils de méthodologie.

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