Entre école de commerce et musique, Roman Rozier construit un parcours atypique. Étudiant en troisième année à l’IÉSEG et pianiste formé au conservatoire, il développe en parallèle ses propres compositions et une communauté de plusieurs centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. Dans ce témoignage, il revient sur sa vie d’étudiant et d’artiste, son organisation au quotidien et ses ambitions dans la musique.
Parcours et vie étudiante de Roman Rozier, étudiant et pianiste
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Roman Rozier, je suis en troisième année du Programme Grande École, en majeure marketing digital et mineure entrepreneuriat. J’étudie aussi le piano au Conservatoire régional de Paris. Je suis auteur-compositeur et je développe en parallèle ma communauté sur les réseaux sociaux, qui compte aujourd’hui plus de 300 000 abonnés.
Tu es en école de commerce, était-ce un choix stratégique pour ta carrière de musicien ?
Oui, évidemment. Je voulais comprendre le monde de l’entreprise, apprendre à me créer un réseau, et à mieux construire ma carrière. Je dirais que depuis environ deux ans, j’ai compris que la musique était mon véritable objectif de vie. Le domaine du commerce m’intéressait au collège et au lycée, et c’est ce qui m’a décidé à intégrer cette école.
Hésitais-tu avec d’autres écoles ou domaines pour la poursuite de tes études supérieures ?
Après le lycée, j’hésitais avec des écoles d’ingénieurs du son, mais j’ai préféré choisir une voie plus généraliste pour ne pas me fermer de portes.
As-tu toujours souhaité faire de grandes études ?
J’ai toujours été une personne très scolaire jusqu’au lycée, puis ma passion pour la musique s’est vraiment développée. Je pense que j’avais déjà en tête de faire une école de commerce depuis la 3e. C’est d’ailleurs après un stage chez Louis Vuitton que j’ai réalisé que c’était un domaine que je voulais vraiment approfondir.
Comment arrives-tu à combiner ta passion avec ta vie d’étudiant ? Bénéficies-tu d’un aménagement spécifique ?
Ce n’est pas toujours évident. J’ai le statut étudiant artiste à l’IÉSEG, ce qui me permet une flexibilité pour mes projets musicaux, de réaliser des collaborations avec des artistes… Ce statut nous permet 12 demi-journées d’absence supplémentaires justifiées par semestre. Chaque semaine, je dois combiner mes cours au conservatoire qui sont fixes, et ceux de l’IÉSEG, qui changent toutes les semaines. Je dois vraiment être le plus organisé possible. Je fais des to-do lists pour prioriser mes tâches. Forcément, on doit faire certains sacrifices. Je ne peux pas aller à toutes les soirées étudiantes, mais j’arrive quand même à avoir une vie sociale et des amis.
La double vie d’artiste étudiant de Roman
Depuis quand fais-tu de la musique ?
J’ai commencé le solfège à 7 ans, puis j’ai intégré les cours de piano l’année d’après. Au conservatoire, le choix de l’instrument est généralement définitif. Après deux tentatives, j’ai réussi le concours d’entrée au Cycle Spécialisé de piano du Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris – Ida Rubinstein en juin 2025. Je suis actuellement en Cycle Spécialisé et je poursuis mon parcours au Conservatoire Paul Dukas, dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, où j’ai auparavant suivi les trois cycles d’études musicales. Même si c’est très exigeant et que j’ai toujours vécu avec une certaine pression, je n’ai pas de regret, parce qu’aujourd’hui, j’aime ce que je fais. Ça m’a donné l’opportunité de rencontrer beaucoup d’artistes et de vivre de nombreuses expériences. Un artiste que j’admire beaucoup, Sofiane Pamart, s’est arrêté au DEM (diplôme d’études musicales), l’examen que je prépare. J’ai envie de suivre ses pas. Il a réussi à se construire une identité forte et à rendre le piano, souvent associé aux codes très fermés du conservatoire, beaucoup plus accessible.
As-tu eu un déclic qui t’a donné envie d’en faire à un tel niveau ?
C’est mon professeur de piano, Stefano Vismara, qui m’accompagne depuis mes 7 ans, et qui m’a toujours poussé à aller plus loin. On se voit toutes les semaines depuis que j’ai commencé. Au début, il me faisait peur, parce qu’il était très dur, mais il m’a toujours encouragé et soutenu. Un jour, durant le confinement, il m’a viré de son cours, car je n’avais pas envoyé de vidéos pour montrer ma progression. Malgré tout, c’est lui qui m’a inscrit au concours rayonnement régional de paris et convaincu de m’y mettre à fond. Il me répétait souvent que j’ai beaucoup de talent inexploité et que je ne travaille pas assez sérieusement.
Tu as également une vaste communauté sur les réseaux sociaux, qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer ?
En 2023, j’ai découvert les pianos en gare par hasard. J’ai vu un piano à Gare de Lyon en libre-service avec des gens qui se filmaient. J’ai adoré le concept, donc je me suis lancé. Je trouve ça très intéressant de se confronter au public, de se détacher du regard des autres, ça m’a aidé à prendre en confiance. C’est vraiment gratifiant, d’autant plus quand ça fonctionne. C’est vrai que le conservatoire est un peu restrictif à ce niveau-là. On joue pour un prof qui est là pour nous juger, c’est pas du tout ce ressenti quand on joue dans des lieux publics. On a beaucoup moins de pression, c’est une atmosphère plus sereine et personne n’est là pour épier nos moindres fausses notes. Il est possible que si ça n’avait pas marché, je n’aurais pas forcément continué les vidéos, même si j’ai confiance en moi et en mes capacités.
Je me suis donc lancé sur les plateformes de streaming il y a deux ans. J’ai toujours aimé créer, tandis que le conservatoire permet uniquement de reproduire. J’ai sorti 10 compo originales, Nostalgie I à X. Avec Nostalgie VIII, j’ai atteint plus de 100 000 écoutes, toutes plateformes confondues. Concernant la composition et l’enregistrement, je fais tout moi-même. J’ai financé mon propre studio dans ma chambre grâce à Youtube. Dès l’âge de 11 ans, je postais des vidéos de gaming, des podcasts, des vidéos concepts, un peu de tout. L’argent généré par Youtube a été investi dans mon équipement. Au collège, je voulais être rappeur. C’est comme ça que j’ai commencé à maîtriser tous les logiciels de montage et qui m’ont donné envie de produire et poster mes compositions. À la base, c’est des compositions perso, pas forcément destinées aux plateformes, mais mes vidéos en gare et ma communauté grandissante m’ont poussé à partager tout ça.
Qu’est-ce qui t’a donné envie d’installer un piano dans ton école ?
En arrivant à l’école, j’ai eu envie de créer un lieu de rencontre et de partage, parce que l’espace était assez vide. Mon ami, Magot, m’a mis en relation avec l’atelier DB piano qui m’a fait une cession gracieuse pour l’école. J’avais envie de transmettre ma passion à d’autres étudiants. Ça me procure autant de plaisir de jouer pour les autres que pour moi. Durant la cérémonie d’installation du piano, certaines personnes ont pleuré pendant ma prestation, ça m’a vraiment touché.
Les ambitions de Roman en tant qu’étudiant et pianiste
Quels sont tes projets à venir ?
J’aimerais continuer à développer ma communauté, pour pouvoir en vivre à plein temps. J’ai comme objectif de dépasser les 200 000 abonnés sur Tik Tok. Je m’oblige à faire des lives tous les jours pour atteindre le plus de monde possible. Dans un second temps, j’aimerais faire connaître mes compositions. Les deux vont ensemble, car sans communauté, c’est difficile de se faire connaître. Ensuite j’aimerais obtenir le DEM au conservatoire. C’est un diplôme qui te donne une vraie crédibilité, et qui peut te permettre de donner des cours. Tout ça, bien sûr, en allant au bout de l’IÉSEG, en spécialisation marketing.
Quel rêve aimerais-tu réaliser ?
Mon rêve ultime serait bien sûr de composer à plein temps et de partir en tournée. J’ai envie d’écrire de la musique de film, à la façon de Hans Zimmer. Beaucoup d’artistes ne développent pas forcément leur côté créatif, parce qu’au conservatoire, on apprend surtout à interpréter et à reproduire. Dans le monde de la musique de films, très peu de musiciens sont repérés, et c’est vraiment ça le défi, sortir du lot. J’ai également fait 4 ans de comédie musicale. J’ai beaucoup apprécié, c’était très formateur. J’ai appris à gérer mon stress, à m’exprimer et chanter en public. Pour le moment, je me concentre sur le piano, mais pourquoi pas faire des sons piano voix à l’avenir. Mon plan B, c’est de travailler dans l’industrie musicale, devenir directeur marketing dans un label de musique du style Sony, Universal…
D’ailleurs, je vais réaliser mon stage de 4 mois à l’ A N N E X E 44. C’est une agence événementielle spécialisée dans les événements musicaux d’exception, qui réalise des projets sur-mesure. Le CEO, qui est lui-même pianiste, m’a repéré sur LinkedIn. Je vais occuper le poste de community manager, ce qui me donne l’opportunité d’entrer en contact avec des artistes de renommée internationale, comme Lang Lang et Gautier Capuçon.
Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui souhaite devenir musicien ?
Qu’il faut se lancer, prendre le risque. Il ne faut surtout pas se comparer, c’est le plus important, sans oublier de rester authentique et humble. Ne pas regarder autour de toi et ne pas être trop pressé. Une carrière peut prendre des années à se construire. Il faut y croire, parce que personne ne le fera à ta place. C’est maintenant, durant nos études justement, qu’on peut expérimenter. C’est d’ailleurs quelque chose qu’ils nous apprennent à l’IÉSEG, de se lancer et de tenter.
Quelles qualités sont nécessaires pour réussir dans la musique ?
Il faut être passionné, créatif, curieux et résilient. Une carrière dans la musique nécessite beaucoup de travail et de concentration. Ça peut être dur avec les réseaux sociaux. On voit la vie des autres, on a envie de se comparer et parfois ça devient dur de créer notre propre vie.







