Le rôle des partis politiques sous la Ve République : affaiblissement ou recomposition ?

Politique monétaire et politique budgétaire

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Sous la Ve République, les partis politiques occupent une place paradoxale. Longtemps affaiblis par une forte personnalisation du pouvoir exécutif, héritée du gaullisme, ils n’en demeurent pas moins indispensables au fonctionnement démocratique. L’élection d’Emmanuel Macron en 2017, à la tête d’un mouvement créé un an plus tôt, a ravivé le débat sur leur utilité réelle. Les partis politiques sont-ils devenus de simples machines électorales, ou conservent-ils un rôle structurant dans la vie politique française ?

Pour répondre à cette question, il faut retracer l’évolution du rôle des partis politiques sous la Ve République, analyser les causes de leur affaiblissement, mais aussi comprendre pourquoi ils demeurent essentiels à la représentation politique et à la stabilité démocratique.

Pourquoi les partis politiques sont-ils affaiblis sous la Ve République ?

Une méfiance historique envers les partis politiques

Sous la IIIe République, déjà, les partis politiques présentent une relative faiblesse, leur développement ayant été entravé par une liberté d’association longtemps limitée. Si des cercles et des comités se développent, l’identification demeure très forte à des hommes, dans un héritage des plébiscites régulièrement organisés par Napoléon III sous le Second Empire. Au tournant du XXe siècle, les partis se développent, accompagnant la professionnalisation de la vie politique, avec la constitution plus systématique de comités locaux et électoraux. Après Vichy, au moment de l’instauration de la IVe République, la reconstitution des forces politiques a donné lieu à un procès des partis politiques, accusés d’avoir contribué à l’instabilité du précédent régime. Par exemple, Léon Blum a écrit en prison l’essai À l’échelle humaine, publié en 1945, dans lequel il déplore la faiblesse des partis sous la IIIe République. La IVe République a ainsi mis un point d’honneur à restaurer l’autorité des partis, au point d’avoir été surnommée par ses contemporains « République des partis » (Roger Priouret, La République des partis, 1947). La proclamation de la Ve République en 1958, marquant le retour du général de Gaulle, constitue une rupture nette avec un « régime des partis ».

Le gaullisme et la volonté de rompre avec le « régime des partis »

Si la Constitution de 1958 reconnaît en son article 4 un rôle particulier aux partis politiques (« Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie »), la Ve République ne s’est pas moins construite en opposition au régime des partis et au parlementarisme de la IVe République, marqué par une instabilité chronique. Le général de Gaulle ne s’en est pas caché : ainsi déclarait-il dans un entretien au Monde accordé en 1965 « [avoir] proposé au pays de faire la Constitution de 1958 […] dans l’intention de mettre un terme au régime des partis. C’est dans cet esprit que la Constitution a été faite. » Dès lors, ce régime se caractérise par « un chef d’État qui n’appartient pas aux partis », gage de stabilité et du sens de l’intérêt général : « ne représentant jamais autre chose que des factions, [les gouvernements de la IVe République] ne se confondaient pas avec l’intérêt général ».

Le fait majoritaire et la présidentialisation du système partisan

Cependant, la pratique des institutions1, qui a vu l’émergence du « fait majoritaire » (autrement dit, une soudure entre le gouvernement et la majoritaire parlementaire), ainsi que la révision en 1962 de la Constitution prévoyant l’élection du président de la République au suffrage universel direct (et non plus par un collège de grands électeurs) ont contribué, avec la dilution progressive du gaullisme, à replacer les partis au centre du jeu politique. Une conséquence directe du nouveau mode de scrutin de l’élection présidentielle a été la bipolarisation progressive de l’écosystème des partis politiques français. À la fragmentation originelle, a succédé un regroupement autour de deux pôles, la gauche et la droite, prenant parfois la forme d’un quadriumvirat, telle la France des élections législatives de 1978, « coupée en quatre », selon l’expression de René Rémond (à droite, le RPR et l’UDF ; à gauche, le PS et le PCF)2

L’émergence du « fait majoritaire » a eu une autre conséquence : la transformation du rôle des partis d’opposition, désignés par une métonymie révélatrice comme « l’opposition », relégués à un rôle de contestation, et non plus de co-construction des politiques publiques. Cette évolution a contribué à tendre les relations entre les partis politiques français. 

L’évolution des partis politiques depuis 1981 : bipolarisation puis éclatement

À partir de l’élection de François Mitterrand en 1981, le paysage politique français se complexifie à nouveau, avec l’apparition de scrutins à la proportionnelle (élections européennes et régionales, élections législatives de 1986). L’Assemblée élue en 1988 est la première depuis la proclamation de la Ve République à ne pas compter de majorité parlementaire stable — une période ainsi marquée par les cohabitations.

Depuis la fin du XXe siècle, le financement des campagnes électorales par des fonds publics a contribué au maintien de certains partis politiques. L’élection présidentielle a également été au centre de l’émergence de partis formés autour de grandes personnalités, convertissant par-là même les partis en machines électorales présidentialistes (phénomène accru par l’inversion du calendrier législatives-présidentielles, le scrutin présidentiel précédant le scrutin législatif depuis 2022).

Au tournant du millénaire, le paysage politique français connaît un tournant. À droite, la crise du gaullisme se traduit par le formation d’une myriade de constellations gravitant autour du parti qui se réclame de cet héritage. À gauche, la perte de vitesse du Parti communiste et la prédominance du Parti socialiste ont donné naissance à des partis alternatifs (la fragmentation ayant toujours constitué un défi majeur pour la gauche française). D’une certaine manière, argue François Furet, a émergé une « République du centre », où l’opinion adhère à ce que résume la formule de Valéry Giscard d’Estaing : libérale, sociale, européenne. Cette « République du centre » s’est nourrie de l’exténuation de l’imaginaire révolutionnaire, avec l’éloignement du socialisme français d’avec l’anticapitalisme, ainsi que du nationalisme gaulliste. Incarnant cette voie du centre, l’élection d’Emmanuel Macron a consacré la synthèse et la transcendance du clivage gauche-droite, en visant un rassemblement plus large autour des valeurs libérales, sociales et européennes. 

parties politiques

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Les partis politiques sont-ils en crise sous la Ve République ?

Un affaiblissement préoccupant des partis

Ces dernières années, la chute brutale du Parti socialiste dans les urnes a marqué les esprits, au point de conduire le politologue Rémi Lefebvre à parler « d’effondrement » (Que faire des partis politiques ?, 2018). S’intéressant aux raisons de cette débâcle, le chercheur met en avant l’éparpillement de l’électorat socialiste, dont une grande partie s’est tournée vers Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles de 2017. Cette désaffection aurait pour origine principale le désenchantement des électeurs face à « la politique de l’offre » menée par les gouvernements socialistes successifs. Sont également évoquées les divisions auxquelles l’exercice du pouvoir a donné lieu (la Fronde), que le parti n’a pas été en mesure de réguler. Ainsi, c’est la faiblesse du parti qui est visée dans cette analyse, le PS n’ayant pas été capable, miné par les divisions, d’infléchir une politique économique qui a déçu son électorat. 

L’exemple du PS semble symptomatique d’une crise des partis politiques français, liée à une crise du militantisme politique avec une diminution continue du nombre d’adhérents. La France compte structurellement peu d’adhérents à des partis politiques par rapport à sa population, en comparaison de pays comme l’Autriche ou la Suède, où la culture de l’engagement politique est plus répandue. Si le décompte est malaisé, il y a un consensus sur une baisse significative du nombre d’adhérents depuis les années 1980. Une des principales explications en est le désenchantement consécutif à l’alternance politique en 1981, le gouvernement socialiste ayant poursuivi la politique économique libérale qui était jusqu’alors menée pour réduire le taux de chômage élevé (sans succès). Au-delà du cas français, la crise des partis politiques semble généralisée, avec un remplacement progressif des partis par des mouvements politiques, à l’ère de l’information connectée, ainsi que l’a prédit Enrico Letta (« C’est la fin des partis », Le Monde, 9 mai 2017). Pourtant, le nombre de partis français a explosé, passant de 23 en 1990 à 652, à date de juin 2025.

La résilience des partis, essentiels à nos démocraties

Les partis sont des laboratoires d’idées trop souvent mis au second plan par les campagnes électorales, par ailleurs critiqués pour leurs appareils hiérarchiques trop lourds en ce qu’ils empêchent l’émergence d’idées nouvelles. Les galaxies partisanes comptent pourtant des think tanks très influents, comme la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste.

Ils permettent en outre d’assurer un ancrage territorial, un lien avec les régions à même de faire remonter l’expression du sentiment populaire. Le Mouvement des Gilets Jaunes apparu en 2018 a été interprétée comme le révélateur d’une déconnexion entre les élites politiques et les réalités du terrain. Dès lors, les partis ont un rôle fondamental à jouer pour préserver ce lien.

Dans la situation politique actuelle, caractérisée par une instabilité inédite sous la Ve République et une tripartition de la scène politique (schématiquement : la NUPES, Renaissance, le Rassemblement national) qui s’accorde mal avec le fait majoritaire, les partis auront une importance cruciale dans la recherche de solutions politiques pérennes. Alors que la perspective d’une révision de la Constitution conférant plus de pouvoirs au Parlement prend peu à peu de l’ampleur dans le débat public, le rôle des partis pourrait en sortir renforcé. Quoi qu’il en soit, les partis sont essentiels au fonctionnement d’un régime démocratique, comme le souligne la définition donnée par Raymond Aron de la démocratie : « l’organisation, dans le cadre d’élections où concourent des partis, de la concurrence pacifique en vue de l’exercice du pouvoir ».

Dans un contexte de crise démocratique, de montée de l’abstention et de fragmentation politique, la recomposition du rôle des partis politiques sous la Ve République constitue un enjeu central pour l’avenir de la démocratie représentative en France.

FAQ : tout savoir sur le rôle des partis politiques

Quel est le rôle des partis politiques sous la Ve République ?

Sous la Ve République, les partis politiques concourent à l’expression du suffrage et à la structuration du débat politique, mais leur influence est limitée par la forte personnalisation du pouvoir exécutif et la centralité de l’élection présidentielle.

Pourquoi parle-t-on d’un affaiblissement des partis politiques en France ?

L’affaiblissement des partis politiques s’explique par la présidentialisation du régime, la baisse du militantisme, la montée des mouvements personnalisés et la défiance croissante des citoyens envers les organisations partisanes traditionnelles.

Les partis politiques sont-ils indispensables à la démocratie ?

Oui, les partis politiques restent essentiels à la démocratie représentative, car ils structurent l’offre politique, forment les élus, organisent la compétition électorale et assurent un lien durable entre les citoyens et les institutions.

La crise actuelle annonce-t-elle la disparition des partis politiques ?

La crise des partis politiques ne signifie pas leur disparition, mais plutôt une phase de recomposition. Malgré la montée des mouvements et la fragmentation politique, les partis conservent un rôle clé dans la stabilité institutionnelle.

Comment l’évolution des partis politiques influence-t-elle la Ve République ?

L’évolution des partis politiques modifie l’équilibre institutionnel de la Ve République, en accentuant la fragmentation parlementaire et en questionnant le fonctionnement du fait majoritaire, pilier historique du régime.

  1. « À peine séchée l’encre, les institutions paraissent avoir échappé aux intentions qui avaient inspiré leur création. » Doyen Vedel ↩︎
  2. La loi électorale avait en effet été modifiée : il fallait réunir au premier tour 12,5 % des électeurs inscrits pour pouvoir figurer au second tour. ↩︎

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