Les mathématiques dans l’art : perspective, proportion et nombre d’or

Les mathématiques dans l’art : perspective, proportion et nombre d’or

Au sommaire de cet article 👀

L’art et les mathématiques paraissent souvent comme deux univers très différents : l’un basé sur la créativité et l’émotion, l’autre sur la rigueur et la logique. Pourtant, depuis longtemps, ces deux domaines dialoguent étroitement. Les artistes ont toujours utilisé les mathématiques pour structurer leurs œuvres, donner de la profondeur, établir des proportions harmonieuses et même pour captiver le regard.

La perspective : créer la profondeur sur une surface plane

La perspective est la technique artistique permettant de représenter en deux dimensions un espace en trois dimensions, donnant ainsi l’illusion de profondeur et de réalité. Elle repose sur des principes mathématiques simples mais puissants, liés à la géométrie et à la projection. En perspective, les objets sont dessinés selon des lignes qui convergent vers un point de fuite situé sur une ligne d’horizon. Ce phénomène respecte le fait que les objets semblent rétrécir avec la distance.

La Cité idéale

La Cité idéale, attribuée tantôt à Piero della Francesca, tantôt à Luciano Laurana ou Francesco di Giorgio Martini, est l’un des exemples les plus éloquents de l’usage mathématique de la perspective dans l’art de la Renaissance. Réalisée vers la fin du XVe siècle, cette peinture met en scène une place urbaine parfaitement ordonnée, où chaque bâtiment, arc de triomphe, temple circulaire, palais à arcades, obéit à une construction géométrique rigoureuse. 

L’ensemble converge vers un point de fuite central, renforçant l’effet de profondeur et guidant le regard du spectateur au cœur de la composition. La précision mathématique du tracé, héritée des traités de géométrie et des recherches sur la perspective linéaire, confère à cette cité un caractère à la fois harmonieux et utopique : elle n’est pas une ville réelle, mais une projection idéalisée d’un ordre rationnel, où l’art et les mathématiques s’unissent pour traduire l’idéal humaniste d’une société mesurée, équilibrée et universelle. 

Exemple célèbre : La Cène de Léonard de Vinci

La Cène, peinte par Léonard de Vinci entre 1495 et 1498 pour le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie à Milan, constitue un autre exemple magistral de l’usage des mathématiques et de la perspective dans l’art de la Renaissance. La composition met en scène les apôtres autour du Christ, répartis en groupes de trois, dans une organisation symétrique et rythmée. La Cène applique la perspective avec un point de fuite visible sous la tête de Jésus, qui attire le regard vers le centre de la composition et crée une impression de profondeur remarquable. Toutes les lignes de fuite convergent vers ce point, faisant du Christ le centre visuel, spirituel et géométrique de la fresque. Ce dispositif mathématique n’est pas un simple artifice technique : il traduit une intention symbolique, plaçant le Christ comme axe du monde et pivot de la composition. La profondeur de la salle, les caissons du plafond et les murs latéraux sont dessinés avec une précision géométrique qui accentue l’illusion d’espace et crée une continuité entre l’architecture réelle du réfectoire et l’espace peint. Cette maîtrise découle des réflexions théoriques sur la perspective diffusées par Alberti, mais aussi des propres recherches de Léonard, qui consacre dans ses carnets de nombreux schémas et études à l’optique et à la géométrie. La Cène illustre ainsi l’ambition léonardienne d’unir science et art : la rigueur mathématique de la construction spatiale y est indissociable de la force expressive et spirituelle de l’image.

La Cène de Léonard de Vinci

Les proportions dans l’art : de la Renaissance au classicisme

Les proportions guidées par les mathématiques permettent de créer des œuvres équilibrées, harmonieuses et agréables à l’œil. Ces règles s’appuient sur des rapports définis, notamment dans la représentation du corps humain.

Le canon de Vitruve

L’Homme de Vitruve

L’Homme de Vitruve, dessiné par Léonard de Vinci vers 1490, est sans doute l’illustration la plus célèbre de l’union entre art, science et mathématiques à la Renaissance. Inspiré du traité de l’architecte romain Vitruve, qui affirmait que les proportions idéales du corps humain pouvaient s’inscrire dans les formes parfaites du cercle et du carré, Léonard traduit cette théorie en une image d’une clarté saisissante. Le dessin représente un homme nu aux bras et jambes écartés, inscrit à la fois dans un cercle et un carré, deux figures géométriques symbolisant respectivement la perfection céleste et la stabilité terrestre. Par ce dispositif, Léonard démontre que le corps humain, microcosme harmonieux, reflète l’ordre mathématique de l’univers. L’étude ne se limite pas à une illustration de texte antique : elle est le fruit de mesures précises et d’observations anatomiques que Léonard multipliait dans ses carnets. L’Homme de Vitruve devient ainsi un manifeste visuel de la pensée humaniste, où la rigueur géométrique confère une valeur universelle à l’image, et où l’homme apparaît comme la mesure de toute chose, à la fois centre du monde et expression tangible d’un ordre rationnel et divin.

Applications en architecture

Le Parthénon, édifié au Ve siècle av. J.-C. sur l’Acropole d’Athènes, incarne l’union parfaite entre architecture, mathématiques et esthétique dans l’Antiquité grecque. Consacré à la déesse Athéna, il se distingue par une rigueur géométrique et des proportions savamment calculées. Les architectes Ictinos et Callicratès ont appliqué des rapports numériques précis, certains historiens voyant dans ses dimensions l’usage du nombre d’or, censé garantir l’harmonie visuelle. Mais au-delà des proportions idéales, le Parthénon témoigne aussi d’une subtile maîtrise des illusions d’optique : les colonnes ne sont pas parfaitement droites, mais légèrement galbées (entasis), et le stylobate, le sol du temple, est courbé vers le haut afin de corriger les déformations perçues par l’œil humain. Ces ajustements mathématiques, loin d’être anecdotiques, participent à l’impression d’équilibre et de perfection que dégage le monument. Symbole politique et religieux, le Parthénon devient aussi un manifeste de l’intelligence géométrique grecque : il montre que l’art, lorsqu’il est guidé par les lois du nombre et de la mesure, peut incarner une idée d’harmonie universelle qui transcende le temps.

Parthénon

Le nombre d’or : le secret de l’harmonie

Le nombre d’or, noté \(\phi\) (phi), vaut environ 1,618. Cette proportion fascinante se retrouve dans la nature mais aussi au cœur de chefs-d’œuvre artistiques et architecturaux pendant des siècles.

Définition mathématique

Un segment est découpé selon le nombre d’or si le rapport de la longueur totale sur la grande partie est égal au rapport de la grande partie sur la petite, soit :

\(\frac{AB}{AC} = \frac{AC}{CB} = \phi \approx 1.618\)

Le nombre d’or dans la peinture

Le nombre d’or dans la peinture, la Joconde

Des artistes comme Léonard de Vinci ou Salvador Dalí ont appliqué le nombre d’or dans leurs compositions, cherchant à susciter une harmonie visuelle parfaite.

Les mathématiques sont bien plus qu’une science abstraite : elles sont un outil fondamental pour comprendre et créer des œuvres d’art. Étudier la perspective te permet de voir comment un tableau donne l’illusion du réel ; maîtriser les proportions redonne à la composition son équilibre ; découvrir le nombre d’or t’ouvre les portes d’une harmonie esthétique recherchée depuis des siècles.

Tu veux plus d’informations et de conseils pour réussir tes examens et trouver ton orientation ? Rejoins-nous sur Instagram et TikTok !