Traduire un texte grec ancien reste l’un des exercices les plus redoutés au lycée. Entre la grammaire complexe, le lexique riche en faux-amis et les subtilités de la syntaxe, de nombreux pièges t’attendent. On la préfère souvent au thème car rédiger en français est plus facile, mais la version est criblée de pièges, alors fais attention !
Je te propose de passer en revue les erreurs les plus courantes en version grecque, d’identifier pourquoi elles surviennent, et surtout, de t’apprendre à les repérer puis à les éviter.
Les erreurs de morphologie en grec ancien
La morphologie grecque concentre de nombreux écueils : confusions entre les cas, erreurs de reconnaissance des temps, mauvaise identification des personnes ou des modes.
| Type d’erreur | Exemple grec | Erreur fréquente | Astuce pour éviter |
| Confusion cas | τῇ ἀγορᾷ/datif vs. τὴν ἀγορὰν/accusatif | Traduction du datif comme accusatif ou inversement | Repérer la préposition et la fonction dans la phrase |
| Confusion verbe/nom | γράφει (il écrit) vs. γραφὴ (écriture) | Prendre un nom pour un verbe ou vice versa | Identifier le type de terminaison (-ει = verbe, -η = nom) |
| Mauvais temps | ἔλυσε (a délié) vs. λύει (il délie) | Traduction systématique au présent | Chercher l’augment à l’aoriste, et la redondance d’une terminaison en -ε pour l’imparfait/aoriste |
Les terminaisons ambiguës, les mots polytropes (une forme pour plusieurs fonctions) ou certaines prépositions sont à surveiller particulièrement.
Les erreurs de syntaxe en grec ancien
Les erreurs syntaxiques proviennent souvent d’un mauvais repérage du sujet, de l’antécédent, ou d’une analyse incorrecte des propositions subordonnées.
- Mauvaise identification du sujet : en grec, le sujet n’est pas toujours exprimé (il est inclus dans la terminaison du verbe). Traduire chaque nom comme sujet ou objet sans vérifier la syntaxe réelle mène à l’erreur.
- Subordination erronée : les relatives, participes et infinitives en grec sont souvent traduits comme des propositions indépendantes, ce qui rompt la logique du texte.
- Mauvaise gestion de l’ordre des mots : le grec place l’accent sur l’information et non sur l’ordre syntaxique. Traduire « mot à mot » produit souvent des phrases absurdes en français.
Les erreurs de lexique et faux-amis en grec ancien
Le grec ancien regorge de mots dont les apparences sont trompeuses : ils ressemblent à un mot connu mais ont un sens différent.
| Mot grec | Erreur fréquente | Traduction correcte |
| δῆμος | « démon » | peuple |
| ἀγορᾷ | « agora » (=place publique uniquement) | place, assemblée |
| λόγος | « logique » (sens restreint) | parole, discours, raison |
| οὐ | « où » | ne… pas |
Les pièges concernent aussi des mots très courants qui changent de sens selon le contexte : πρὸς (vers, contre, auprès de, selon), διά (à cause de, à travers, par…).
Les erreurs dans la traduction des participes et infinitives en grec
C’est un classique des copies : mal repérer la valeur d’un participe (simultanéité ou antériorité ?), transformer systématiquement un infinitif complément de verbe en proposition indépendante, ou ignorer le sujet implicite des infinitives.
- Participe aoriste traduit comme présent :
λύσας ἀπέρχεται = « Après avoir délié, il part », et non « En déliant, il part ». - Proposition infinitive :
νομίζω τὸν ἄνδρα σοφόν εἶναι = « Je pense que l’homme est sage. » (Il ne faut pas écrire : « Je pense l’homme sage est. »)
Les erreurs d’interprétation du contexte en grec
Parfois, ce n’est pas la grammaire brute qui fait défaut, mais l’attention portée à l’ensemble de la phrase : qui fait l’action ? À qui/quoi s’applique la négation ? Quelle est la portée exacte de la proposition subordonnée ?
- Prise en compte des indices logiques :
αν, εάν, μή, ἵνα, toutes ces particules introduisent une hypothèse, une condition, une cause ou une conséquence, à bien repérer pour donner le bon sens à la phrase. - Négligence du contexte historique ou littéraire :
Certains mots prennent un sens spécial chez un auteur (πνεῦμα chez Platon = esprit, souffle, âme ; ailleurs, seulement « souffle, vent »).
Méthode pour repérer et éviter les erreurs
- Toujours analyser la phrase avant de traduire : relever les verbes, les sujets implicites, les subordonnées.
- Utiliser les tableaux de déclinaisons et conjugaisons pour vérifier chaque forme qui semble ambiguë.
- Chercher chaque préposition dans son tableau de régimes : son sens dépend du cas du mot qu’elle précède.
- Si un mot paraît évident… le contrôler dans le dictionnaire : c’est souvent là que se cachent les faux-amis.
- Relire à voix haute sa traduction : une phrase qui semble bancale en français l’est probablement aussi en grec – il faut chercher l’erreur dans l’analyse.
Tableau récapitulatif des erreurs classiques
| Nature de l’erreur | Cause fréquente | Astuce d’autocorrection |
| Conjugaison | Terminaisons ambiguës | Regarder l’augment/désinence |
| Cas | Déclinaison homonyme | Vérifier la préposition |
| Mot transparent | Faux-ami | Vérifier le sens dans le dictionnaire |
| Traduction du participe | Confusion aspectuelle | Analyser le contexte |
| Construction verbale | Influence du français moderne | Branche « mode grec », pas « mot à mot » |
Exercices
Exercice 1 : Repère et corrige l’erreur dans la traduction :
- τὸν φίλον ὁρῶ γράφοντα. Traduction : « Je vois l’ami écrivant. »
- οὐδὲν λέγει. Traduction : « Il dit où. »
Exercice 2 : Analyse et traduis correctement :
- εἴ τις λέγει, ἀκούομεν.
- ἡ γυνή τῇ θυγατρί δῶρον δίδωσι.
Correction
Exercice 1 :
- Erreur : traduction littérale du participe ; il faut adapter : « Je vois mon ami en train d’écrire. »
- Erreur de faux-ami : ici, οὐδὲν = « rien », pas « où » ; bonne traduction : « Il ne dit rien. »
Exercice 2 :
- « Si quelqu’un parle, nous écoutons. » (Faire attention au pronom indéfini et au présent.)
- « La femme donne un cadeau à sa fille. » (Vérifier le datif d’attribution.)







