Les Lettres persanes, Montesquieu : résumé et analyse

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Les Lettres persanes de Montesquieu est une œuvre absolument incontournable qu’il te faut connaître dans le cadre de tes cours de français, d’histoire et de philosophie. Tu trouveras dans cet article les éléments essentiels à retenir et utiliser dans tes copies.

Qui était Montesquieu ?

Montesquieu naît en 1689. Il entreprend des études de droits à Bordeaux puis à Paris. Ses parents le destinent alors à une carrière de parlementaire. Dans la capitale, il rencontre et côtoie les milieux savants et lettrés. Néanmoins, il revient à Bordeaux, pour prendre la charge de conseiller au parlement après être entré dans la noblesse de robe.

En 1715, il épouse Jeanne de Lartigue, qui est protestante. Cette union démontre une grande ouverture d’esprit de la part du couple, sachant que l’Édit de Nantes qui accordait la liberté de culte aux protestants a été révoqué en 1685 par Louis XIV.

Entre 1728 et 1731, il se rend en Hongrie, en Italie, en Hollande, en Angleterre, où il demeure plus d’un an. Tous ces voyages sont le prétexte d’une observation de la géographie, de l’économie, des mœurs et des coutumes politiques dans les pays européens. De retour en France, Montesquieu se consacre alors à l’étude de l’histoire et pendant encore 14 années, il compose et remanie l’œuvre de toute sa vie, De l’esprit des lois qui paraît en 1748. Il meurt en 1755.

Genèse et résumé des Lettres persanes

Les Lettres persanes, œuvre épistolaire de Montesquieu publiée en 1721, racontent le voyage à Paris de deux Persans, Usbek et Rica. Leur séjour, qui dure huit années, est pour eux l’occasion d’observer la société et le mode de vie des Français, leurs coutumes, leurs traditions religieuses ou politiques, et d’en faire le rapport à leurs interlocuteurs restés en Perse.

Usbek, un grand seigneur persan, quitte Ispahan pour entreprendre, accompagné de son ami Rica, un long voyage à Paris. Il laisse derrière lui ses cinq épouses (Zachi, Zéphis, Fatmé, Zélis et Roxane) sous la protection de quelques eunuques noirs et d’eunuques blancs. Pendant son voyage puis son séjour prolongé à Paris (1712-1720), Usbek tient une correspondance avec des amis qu’il a rencontrés dans les pays traversés. Dans sa correspondance, il dépeint d’un œil faussement naïf les mœurs, les conditions et la vie de la société française au XVIIIe siècle, la politique en particulier.

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La structure des lettres dans Les Lettres persanes

Le texte se décompose comme suit :

Lettres 1-21 : le voyage d’Ispahan à Paris, mars 1711 à mai 1712 ;

Lettres 22-89 : Paris sous le règne de Louis XIV, 3 ans en tout (de mai 1712 à septembre 1715) ;

Lettres 90-137 : la Régence de Philippe d’Orléans, qui couvre cinq années (de septembre 1715 à novembre 1720) ;

Lettres 138-150 : l’effondrement du sérail d’Ispahan, 3 ans (1717-1720).

Le style des Lettres persanes

Contrairement à ce que peut indiquer le titre, les Lettres Persanes appartiennent au genre romanesque. Ce roman épistolaire (qui regroupe des lettres) de 161 lettres a connu un grand succès au moment de sa publication en 1721. Ce livre de voyage a souvent recours au registre ironique. Il s’agit en effet pour Montesquieu de tourner en dérision les excès du régime monarchique français mais aussi les démesures et absurdités de la vie européenne en général et de la vie parisienne en particulier. Les dernières lettres ont, quant à elles, plutôt recours au registre pathétique car Roxane, la maîtresse préférée d’Uzbek, se révolte avec des accents de rage et de désespoir.

Les Lettres persanes sont des lettres satiriques : ce genre de texte date de l’époque latine et consiste en la moquerie, voire la caricature, d’un sujet pour le critiquer.

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Un roman oriental

La publication des Lettres persanes se produit dans un contexte de mode de l’exotisme, avec en 1717, la publication des Mille et Une Nuits par Antoine Galland. De ce fait, le roman abonde en notations pittoresques, comme par exemple, les dates, référées au calendrier musulman ou encore la lutte des eunuques pour le pouvoir. En réalité, le choix de Montesquieu pour cette forme s’inscrit dans une stratégie de séduction du lecteur avec des lettres orientales assez plaisantes et faciles à lire, mais, surtout, faussement candides.

Image article Lettres persanes
Usbek et Rica (vignette du titre de l’édition allemande – 1759), Montesquieu

Une œuvre ancrée dans le « Siècle des Lumières »

La liberté de ton de cette œuvre n’aurait pas été possible sans l’anonymisation de son auteur. En effet, compte-tenu de la censure qui s’exerçait à l’époque, Montesquieu a pris soin de publier son roman à Amsterdam sans un nom d’auteur. D’autre part, on remarque la suppression des noms et leur remplacement par des périphrases du type : “le chef des chrétiens” pour désigner le pape ou encore “le prince” pour désigner Louis XIV.

Une critique de l’absolutisme royal et de la politique

Usbek trace un portrait de Louis XIV qui est peu flatteur. Il est décrit à la fois comme avare et dépensier, lucide et aveugle, mais surtout absolu, distribuant des récompenses ou blâmant de façon aléatoire. De plus Usbek refuse le despotisme et critique la monarchie de droit divin qui met en place un roi aux pleins pouvoirs, qui met également Dieu au centre des affaires politiques.

Montesquieu dénonce aussi l’esclavage. C’est dans la lettre 118 par Usbek que cette critique se fait la plus virulente : “Quant aux côtes de Guinée, elles doivent être sérieusement dégarnies depuis deux cents ans que les petits rois […] vendent leurs sujets aux princes de l’Europe“. Il ajoute qu’”il n’y a rien se si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d’hommes pour tirer du fond de la terre l’or et l’argent“.

Une critique de l’obscurantisme religieux

Par-dessus tout, Montesquieu condamne l’intolérance religieuse dont il regrette les conséquences violentes. Aussi, il le fera comprendre, par l’intermédiaire d’Usbek dès la lettre 85 : “Ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit les guerres, c’est l’esprit d’intolérance de celle qui se croyait la dominante“, considération plus que jamais d’actualité.

Une critique de la société et de ses mœurs

Là aussi, Montesquieu se permet de critiquer l’hypocrisie et les faux-semblants de la société du XVIIIe siècle, notamment dans les salons parisiens.

Le « relativisme culturel »

Les Lettres persanes peuvent être considérées comme la première œuvre mettant en avant la notion de « relativisme culturel ». Il s’agit de l’idée que les croyances et les pratiques d’une personne doivent être comprises en fonction de sa propre culture. Les partisans du relativisme culturel ont également tendance à soutenir que les normes et les valeurs d’une culture devraient être analysées et évaluées à l’aide des normes et des valeurs de cette culture.

Pour aller plus loin

Si tu ne possèdes pas d’exemplaire des Lettres persanes, la bibliothèque numérique de TV5monde te propose de le télécharger gratuitement via son site. Si tu préfères le format papier, n’hésite pas à te rendre en bibliothèque ou dans le CDI de ton lycée, qui disposera forcément de plusieurs exemplaires ! Nous te conseillons de choisir une édition scolaire, qui permettra d’accompagner ta lecture tout au long du texte.

De plus, le site internet de la Bibliothèque nationale de France (BNF) propose une page dédiée à cette œuvre. Elle y présente notamment un dossier iconographique, dans lequel tu retrouveras des images de l’époque de l’écriture des Lettres persanes, avec des costumes notamment.

Conclusion

Les Lettres persanes ont marqué leur temps et continuent de marquer le nôtre. Ce texte a rencontré un grand succès à son époque, car il abordait sur un ton satirique et ironique les sujets sensibles qui étaient habituellement soumis à la censure, par exemple, les dérives des gouvernants tels que Louis XIV, mais aussi l’obéissance aveugle à l’Église ou encore l’intolérance religieuse. En cela, on retrouve l’influence des penseurs anglais. Sensible aux idées neuves en Europe, Montesquieu a choisi d’adopter un regard oriental sur l’Occident pour en faire la critique. Cette œuvre permet également de nous éclairer sur notre propre époque et doit nous mettre en garde contre ses dérives.

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