Les conjonctions de subordination « ut » et « ne » occupent une place centrale dans la syntaxe latine et permettent d’exprimer le but, la conséquence ou encore la crainte. Leurs emplois, parfois proches, peuvent toutefois prêter à confusion, d’autant plus que quin s’ajoute à ces constructions dans certains contextes précis. AuFutur t’explique tout juste ici.
Ut, ne et quin dans les propositions subordonnées complétives
Les verbes exprimant une intentionnalité
Certains verbes se construisent avec une subordonnée introduite par ut ou ne. Dans ce cas, ut introduit une phrase positive et ne une phrase négative. Ces deux conjonctions sont alors toujours suivies du subjonctif.
Exemples :
- Suadeo tibi ut audias. (Je te conseille d’écouter.)
- Suadeo tibi ne consilia eius spernas. (Je te conseille de ne pas mépriser ses conseils.)
Voici les principaux verbes se construisant avec ut et ne, en commençant par ceux de volonté :
- imperare alicui ut : ordonner à quelqu’un de
- praescribere alicui ut : recommander à quelqu’un de
- suadere alicui ut : conseiller à quelqu’un de
- hortari aliquem ut : exhorter quelqu’un à
- admonere aliquem ut : avertir quelqu’un de
Les verbes de souhait :
- optare ut : souhaiter que
- orare aliquem ut : prier quelqu’un de
- rogare aliquem ut : demander à quelqu’un de
- postulare ab aliquo ut : demander à quelqu’un de
Les verbes d’effort :
- efficere ut : faire en sorte de
- contendere ut : s’efforcer de
- operam dare ut : s’efforcer de
- impetrare / adipisci ut : obtenir que
- providere ut : veiller à ce que
- cavere ne : prendre garde que… ne…
Les verbes de décision :
- statuere / decernere ut : décider que
Les verbes exprimant un événement
Les verbes :
- accidit / contingit / evenit / fit / est : il arrive
- sequitur : il s’ensuit
se construisent avec une subordonnée introduite par ut (phrase positive) ou bien ut non (phrase négative) et le subjonctif.
Exemples :
- Raro fit ut erremus. (Il arrive rarement que nous nous trompions.)
- Saepe fit ut non erremus. (Il arrive souvent que nous ne nous trompions pas.)
Le verbe abesse admet une construction composée en ut… ut… exprimant une forte opposition.
Exemple :
- Tantum abest ut callidus fur sit ut semper deprehendatur. (Littéralement : que le voleur soit rusé est si loin de la réalité qu’il se fait toujours attraper. Plus élégant : Bien loin d’être rusé, le voleur est toujours capturé.)
Les verbes exprimant la crainte
Certains verbes de crainte se construisent avec une subordonnée introduite par ne (phrase positive) ou ne… non (phrase négative) et le subjonctif.
⚠️ Attention ! Avec les verbes précédents, ut introduisait une phrase positive et c’est ne ou non qui introduisait une phrase négative. Mais ici, ne introduit bien une phrase positive !
Exemples :
- Timeo ne hostis me occidat. (J’ai peur que mon ennemi me tue.)
- Timeo ne hostis non mihi parcat. (J’ai peur que mon ennemi ne m’épargne pas).
Les verbes suivants se construisent de cette manière :
- timere / metuere / vereri : craindre
- periculum est : il est à craindre que
Les verbes d’empêchement
Ces verbes se construisent avec une subordonnée introduite par ne si le verbe est affirmatif et quin si le verbe est négatif ou interrogatif et le subjonctif.
Exemples :
- Impedio ne proficiscatur. (Je l’empêche de partir.)
- Nihil obstat quin proficiscatur. (Rien ne l’empêche de partir.)
Les verbes suivants se construisent ainsi :
- impedire / obstare : empêcher
- recusare : refuser
- non dubito quin : je ne doute pas que… ne
- haud dubium est quin : il n’est pas douteux que
- fieri non potest quin : il est impossible que… ne… pas
- haud multum abest quin : il s’en faut de peu que… ne
Ut, ne et quin en dehors des propositions subordonnées complétives
Les subordonnées finales
Les subordonnées finales sont introduites par ut (pour que, afin que) ou ne (pour que ne… pas, afin que ne… pas, de peur que) avec le subjonctif.
Exemples :
- Audi ut discas. (Écoute pour apprendre.)
- Hoc fecit ne poenas daret. (Il a agi ainsi de peur d’être puni.)
Au sein des subordonnées finales, certains mots ou adverbes ont une forme différente de leur forme habituelle dans les principales. Le tableau suivant t’explique simplement les transformations à effectuer :
| Forme fautive | Forme correcte | Signification |
| *ne aliquis | ne quis | pour que personne |
| *ne aliquid | ne quid | pour que rien |
| *ne nullus | ne ullus | pour qu’aucun |
| *ne numquam | ne unquam | pour que jamais |
| *ne nusquam | ne usquam | pour que nulle part |
Quand la subordonnée contient un comparatif, on remplace généralement ut par quo.
Exemple :
- Te exerce quo acrius pugnes. (Entraîne-toi afin de combattre avec plus de zèle.)
La concordance des temps s’applique strictement dans les subordonnées finales. Une principale au présent ou au futur exige le subjonctif présent dans la subordonnée ; une principale au passé exige le subjonctif imparfait dans la subordonnée.
Enfin, les subordonnées finales sont parfois annoncées dans la principale par un adverbe corrélatif signifiant dans le dessein de, qui peut être eo, ideo, idcirco, ou bien ut.
Exemple :
- Idcirco eum litteris studere coegi ut novus Cicero fieret. (Je le contraignis à étudier afin qu’il devînt un nouveau Cicéron.)
Les subordonnées consécutives
Ces subordonnées sont également au subjonctif. Elles sont introduites par ut (de telle sorte que, si bien que) ou ut… non (de telle sorte que… ne… pas, si bien que… ne… pas) avec le subjonctif.
Exemples :
- Callidus est ut deprehendi non possit. (Il est rusé, si bien qu’on ne peut pas le capturer.)
- Stultus est ut deprehendi possit. (Il est idiot, si bien qu’on peut le capturer).
La conjonction de subordination est généralement annoncée dans la principale par un corrélatif :
- tam : si, tellement
- ita, sic, tantum, adeo, eo : tellement, à ce point
- talis, is, ea, id : tel
- tantus : si grand
- tot, tam multi : si nombreux
Exemple :
- Adeo sapiens est hic homo ut ab omnibus iurgiis abstineat. (Cet homme est à ce point sage qu’il se tient éloigné de toutes les querelles.)
Les règles de concordance des temps sont les mêmes que pour les subordonnées finales. Cependant, on trouve deux nuances importantes. Si le verbe dans la principale est au passé, le subjonctif présent dans la subordonnée indique que la conséquence d’un fait passé dure encore. Le subjonctif parfait indique que la conséquence ne dure plus.
Exemples :
- Ita rem familiarem dissipavit ut nunc pauper sit. (Il a si bien dissipé son patrimoine qu’aujourd’hui il est pauvre.)
- Adeo oderant patrem ut eum occiderint. (Ils détestaient tellement leur père qu’ils le tuèrent.)
La proposition concessive
Ut suivi du subjonctif peut être utilisé pour dire en admettant que ou à supposer que. La négation est ut non. Les conjonctions sont suivies du subjonctif.
Exemple :
- Ut desint vires, tamen est laudanda voluntas. (À supposer que les forces manquent, il faut cependant louer l’intention.)







