La proposition infinitive en latin : reconnaître et bien traduire

Une fiche de grammaire sur la proposition infinitive en latin.

Au sommaire de cet article 👀

La proposition infinitive est partout dans les textes latins. Voici comment l’identifier et la rendre élégamment en français.

La construction de la proposition infinitive en latin

Identifier la proposition infinitive en latin

Dans certaines situations où le français utiliserait une proposition subordonnée, le latin utilise une proposition infinitive. Ainsi, la phrase :

Je sais que Cicéron est consul.

se traduit en latin :

Scio Ciceronem consulem esse. (Littéralement : Je sais Cicéron être consul).

On constate que le sujet de la proposition infinitive, César, est à l’accusatif. Le verbe de la proposition infinitive, esse, est à l’infinitif.

Certains verbes appellent automatiquement ou très souvent une proposition infinitive. Ils te sont présentés dans les sections suivantes.

La proposition infinitive complément d’objet

Certains verbes de déclaration en latin appellent une proposition infinitive :

  • dicere : dire
  • negare : dire que… ne pas
  • narrare : raconter
  • nuntiare : annoncer
  • tradere / ferre / referre : rapporter
  • scribere : écrire
  • respondere : répondre
  • certiorem facere : informer

Il en est de même de certains verbes d’opinion :

  • credere : croire
  • putare : penser
  • ducere / arbitrari : juger
  • reri : penser, juger
  • existimare / opinari : estimer
  • censere : être d’avis

Et de certains verbes de connaissance :

  • scire : savoir
  • nescire : ne pas savoir
  • ignorare : ignorer
  • animadvertere : remarquer
  • accipere : apprendre
  • certior fieri : être informé
  • audire : entendre dire, apprendre
  • videre : constater

Les verbes de sentiment peuvent se construire soit avec une subordonnée introduite par quod, soit avec une proposition infinitive :

  • gaudere / laetari : se réjouir
  • mirari : s’étonner
  • dolere : s’affliger
  • gloriari : se glorifier
  • queri : se plaindre
  • aegre ferre : être fâché

Certains verbes de volonté veulent une proposition infinitive :

  • velle : vouloir
  • nolle : ne pas vouloir
  • malle : préférer
  • cupere : désirer
  • jubere : ordonner
  • sinere / pati : permettre
  • vetare : défendre
  • prohibere : empêcher

La proposition infinitive sujet de verbes impersonnels

La proposition infinitive peut être sujet de verbes impersonnels.

Exemple :

Constat eam juvenem adamavisse. (C’est un fait établi qu’elle est tombée amoureuse d’un jeune homme.)

Elle peut également être sujet de locutions impersonnelles.

Exemple :

Turpe est ferro viros occidere. (Il est honteux de tuer des hommes par le fil de l’épée.)

La proposition infinitive apposition à un pronom démonstratif

La proposition infinitive peut être apposée à un pronom dont elle développe le sens.

Exemple :

  • Hoc unum scio me nihil scire. (Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien.)

Parfois, cela donne un style condensé qu’il faut rendre en français en ajoutant plus de mots.

Exemple :

  • Nuntius Benedictum Spinozam librum quendam sapientiae viam monstrantem conscripsisse. (La nouvelle que Baruch Spinoza a fini de rédiger un livre enseignant le chemin de la sagesse.)

Le passif impersonnel dans la proposition infinitive

Le latin évite généralement les tours au passif impersonnel et lui préférera le passif personnel.

Exemple :

  • On ne dira pas : Dicitur Homerum caecum fuisse.
  • On dira plutôt : Dicitur Homerus caecus fuisse. (On dit qu’Homère fut aveugle.)

Dans ce cas, le sujet de la proposition infinitive ne sera pas à l’accusatif mais au nominatif. (Cette explication n’est pas strictement correcte en termes de grammaire mais est la plus simple pour appréhender le passif personnel.)

Le passif personnel peut s’employer avec les temps simples des verbes signifiant dire et croire et est obligatoire avec les verbes suivants :

  • jubeor : je reçois l’ordre de
  • cogor : on me force à
  • vetor : on me défend de

Exemple :

Milites jussi sunt arma deponere. (On ordonna aux soldats de déposer les armes.)

Les règles grammaticales au sein de la proposition infinitive en latin

Les pronoms personnels et les adjectifs possessifs en latin

Le pronom sujet est toujours exprimé dans la proposition infinitive même s’il est le même que dans la proposition principale.

Exemple :

Existimo me esse tristem. (Je considère que je suis triste.)

Si la proposition principale a un verbe à la troisième personne du singulier et du pluriel, il peut exister en français une ambiguïté dans l’usage des possessifs dans une proposition subordonnée.

Exemple :

François croit que ses parents sont riches. Jules croit qu’il est riche, que ses parents sont riches.

Ici, ses parents correspond-il aux parents de Jules, ou aux parents de François ? Il renvoie-t-il à Jules, ou à François ? Cette ambiguïté n’existe pas en latin.

Pour renvoyer au sujet de la phrase, on utilisera le réfléchi.

  • Julius credit se esse divum, parentes suos esse divos. (Jules croit qu’il [que lui-même] est riche, que ses [propres] parents sont riches).

Pour renvoyer à un sujet ou un être extérieur, on utilisera le non réfléchi.

Julius credit eum esse divum, parentes suos esse divos. (Jules croit qu’il [que quelqu’un d’autre que lui] est riche, que ses [d’autres parents que les siens] sont riches.)

La concordance des temps en latin

En français, la concordance des temps dans les subordonnées est plus complexe que la concordance des temps dans les propositions infinitives latines.

En latin, que le verbe de la principale soit à un temps du passé ou du présent, les mêmes règles s’appliquent quant à la concordance des temps. L’infinitif parfait dans la proposition infinitive indique que l’action de la proposition infinitive se passe avant celle de la proposition principale. L’infinitif présent dans la proposition infinitive indique que l’action de la proposition infinitive se passe en même temps que celle de la proposition principale. L’infinitif futur dans la proposition infinitive indique que l’action de la proposition infinitive se passe après celle de la proposition principale.

Voici par exemple comment exprimer une action concomitante :

  • Credo parentes meos esse divos. (Je crois que mes parents sont riches.)
  • Credebam parentes meos esse divos. (Je croyais que mes parents étaient riches.)

Une action antérieure sera exprimée comme suit :

  • Credo parentes meos fuisse divos. (Je crois que mes parents étaient riches.)
  • Credebam parentes meos fuisse divos. (Je croyais que mes parents avaient été riches.)

Une action postérieure est rendue de la manière suivante :

  • Credo parentes meos futuros esse divos. (Je crois que mes parents seront riches.)
  • Credebam parentes meos futuros esse divos. (Je croyais que mes parents seraient riches.)

On voit que pour exprimer une action future avec un verbe au passé, c’est en français le conditionnel présent qu’il faut utiliser.

Les règles particulières de l’emploi des temps en latin

Il faut employer l’infinitif futur avec les verbes latins suivants :

  • sperare : espérer.
  • polliceri : permettre
  • jurare : jurer
  • minari : menacer

Exemple :

Minatur se eum occisurum esse. (Il menace de le tuer.)

Si un verbe ne possède pas de supin donc pas d’infinitif futur, on peut employer l’équivalent de l’infinitif futur avec la périphrase fore ut ou futurum esse ut.

Exemple :

Credo futurum esse ut eum paeniteat. (Je crois qu’il se repentira.)

Enfin, avec le verbe memini (se souvenir), on emploie l’infinitif présent avec une valeur de passé.

Exemple :

Memini me scribere. (Je me souviens que j’écrivais.)

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