Le grec ancien permet d’exprimer la joie, la colère, la peur ou la tristesse avec une richesse et une subtilité remarquables. Comprendre cette palette émotionnelle est essentiel pour entrer plus profondément dans les textes antiques, interpréter les personnages et, parfois, traduire avec justesse des sentiments humains universels.
Contrairement au français moderne, les émotions en grec ancien ne se limitent pas à des adjectifs abstraits. Elles passent souvent par des verbes, des images corporelles, des mouvements de l’âme. Étudier le vocabulaire des émotions, c’est donc apprendre à lire entre les lignes.
La joie en grec ancien : mots et expressions
En grec, la joie peut s’exprimer par plusieurs termes qui varient selon l’intensité et la nuance.
Le mot le plus courant est χαρά (chara), signifiant « joie » au sens général, bonheur, plaisir durable ou momentanée satisfaction. Par exemple, dans Platon, on rencontre souvent cette joie liée à la connaissance.
Les verbes exprimant la joie sont nombreux et souvent très imagés :
- χαίρω : « se réjouir »
- ἐπιχαίρω : « se réjouir spécialement, avec intensité »
- ἀγαλλιάω : « exulter, manifester une joie éclatante »
- ἐυφραίνω : « réjouir, faire plaisir »
Quelques expressions :
- χαίρειν : saluer, mais aussi « sois joyeux »
- χαρά μεγάλη νῦν ἐστίν : « la joie est grande maintenant »
La colère : colère brutale, colère contrôlée
La colère est plus complexe à exprimer en grec ancien car elle revêt plusieurs formes, de la fureur explosive à l’indignation raisonnée. Le principal mot est ὀργή (orge), qui désigne la colère, la rage, l’emportement.
Verbes associés :
- ὀργίζομαι : « se fâcher, s’emporter » (souvent suivie du datif)
- βούλομαι λύεσθαι ὀργῆς : « je veux me débarrasser de ma colère »
- ταράσσω / θορυβέω : « troubler, agiter, ébranler » (la colère peut troubler le cœur)
Expressions typiques :
- ὠργισμένος : « en colère »
- ἐν ὀργῇ εἶναι : « être en colère »
- ὁ θυμός : le cœur, la colère, la passion — souvent synonyme d’énergie ou d’impulsion émotionnelle
Dans les tragédies, la colère est souvent personnifiée ou associée à des divinités (Exemple : Héra dans l’Iliade).
La peur : crainte, terreur et panique
La peur se répartit en plusieurs nuances, du simple souci à la terreur paralysante. Le mot général est φόβος (phobos), qui a donné en français « phobie ».
Autres termes et verbes :
- δεινός : souvent traduit par « terrible », mais acquit une nuance de ce qui inspire la peur
- δειμαίνω : « craindre avec effroi »
- φρίττω / φρίσσω : « frissonner de peur »
- ταράσσομαι : déjà vu pour la colère, mais signifie aussi être troublé, pris de panique
Expressions :
- ἐν φόβῳ εἶναι : « être dans la peur » (être inquiet)
- φοβερὸν φάος : « lumière effrayante » (image poétique)
- τὸ ἔρως καὶ ὁ φόβος : « l’amour et la peur » (motifs fréquents en poésie)
Comment les émotions se traduisent dans la littérature grecque
Littéralement, les émotions en grec ancien ne se traduisent pas toujours par des adjectifs ou noms statiques : elles passent souvent par des verbes, des attitudes du corps, des changements d’état (ex. : rougir, trembler, soupirer). Il faut donc apprendre à interpréter les verbalisations de l’émotion, notamment dans les dialogues.
Par exemple, dans l’Iliade, quand Achille exprime sa colère, ce n’est pas seulement par un mot, mais par un enchaînement de gestes et de paroles véhémentes. De même, Sappho fait vibrer la joie par des images poétiques (le cœur qui bondit, une lumière qui irradie).







