L’ablatif absolu : mode d’emploi et exemples classiques

Une fiche de grammaire sur l'ablatif absolu en latin.

Au sommaire de cet article 👀

De Tite-Live à Virgile, l’ablatif absolu est une construction incontournable du latin. Très fréquent dans les textes, il permet d’exprimer une circonstance, une cause ou une concession en quelques mots seulement. Encore faut-il savoir le repérer et le traduire correctement. Cet article t’explique comment reconnaître un ablatif absolu et comment le rendre en français de manière fluide, à l’aide d’exemples.

L’ablatif absolu avec un nom et un participe

L’ablatif absolu : considérations générales

L’ablatif absolu est une construction grammaticale propre au latin. Elle permet de fournir une précision circonstancielle dans la phrase, qui peut être temporelle, de manière, causale

Dans sa forme la plus courante, l’ablatif absolu contient deux éléments. Le premier est un participe (passé ou présent), le deuxième est un substantif (nom propre ou nom figuré) ou bien un pronom. Le participe et le substantif/pronom, s’ils sont tous les deux à l’ablatif et ne sont pas précédés d’une préposition, ont de grandes chances de former un ablatif absolu.

L’ablatif absolu est souvent considéré comme une sorte de proposition indépendante au sein d’une phrase. C’est pourquoi le substantif ou le pronom de l’ablatif absolu est appelé sujet de l’ablatif absolu et le participe de l’ablatif absolu est appelé verbe de l’ablatif absolu.

Exemples :

  • Occiso Remo (du verbe occido, is, ere, i, occisum, mourir, et du nom Remus, i)
  • Canente servo (du verbe cano, is, ere, cecini, cantum, et du nom servus, i)

Pour appréhender le sens d’un ablatif absolu, il est commode d’utiliser la construction française suivante :

  • Si le participe est un participe passé, l’ablatif absolu peut être traduit par substantif + ayant été + participe passé. Ainsi, occiso Remo = Rémus ayant été tué.
  • Si le participe est un participe présent, l’ablatif absolu peut être traduit par substantif + étant en train de + infinitif du verbe. Ainsi, canente servo = l’esclave étant en train de chanter.

Cependant, cette manière de traduire l’ablatif absolu n’est qu’une première approche. Elle est souvent inélégante et peut être remplacée par une formule plus idiomatique. Ainsi, selon le contexte de la phrase, les deux ablatifs absolus servant d’exemple peuvent être traduits par :

  • Occiso Remo : après l’assassinat de Rémus, suite à l’assassinat de Rémus, à cause de l’assassinat de Rémus…
  • Canente servo : pendant que l’esclave chantait, pendant le chant de l’esclave, en raison du chant de l’esclave…

Exemples canoniques d’ablatifs absolus

Certaines phrases contenant des ablatifs absolus sont souvent produites comme exemples :

  • Partibus factis, verba fecit leo. : Après avoir distribué les parts, le lion prit la parole.
  • Nuntiato Caesaris adventu, hostes fugerunt : Comme on avait annoncé l’arrivée de César, les ennemis prirent la fuite.
  • Nuntiato Caesaris adventu, hostes non fugerunt : Malgré la nouvelle de l’arrivée de César, les ennemis ne prirent pas la fuite.
  • Nuntiato Caesaris adventu, hostes fugissent : Si on avait annoncé l’arrivée de César, les ennemis auraient fui.
  • Omnibus silentibus, ille loquitur : Lorsque tous se taisent, il parle.
  • Sole orto, discesserunt : Ils partirent lorsque le soleil fut levé.
  • Tempestate saeviente, naves fractae sunt : Comme la tempête faisait rage, les navires chavirèrent.

On voit bien avec ces exemples comment on peut ajuster la traduction de l’ablatif absolu et comment un même ablatif absolu peut être rendu différemment selon le contexte.

Le sujet de l’ablatif absolu

Il est important de noter que le sujet de l’ablatif absolu ne peut jamais être sujet ou objet de la phrase dans laquelle il apporte une précision. Une phrase comme :

  • Admonente amico, Cicero ad domum properavit. (Sur les conseils d’un ami, Cicéron se hâta vers sa maison.)

… est tout à fait correcte car le substantif amico est totalement séparé de la phrase dans laquelle il apporte une précision, après la virgule. En revanche, pour traduire « L’ennemi captura la ville et la pilla », on ne peut pas utiliser la forme fautive…

  • *Urbe capta, hostis eam diripuit.

… car le substantif urbe n’est pas séparé du reste de la phrase : il est repris par le pronom eam (qui est alors COD). Il faut écrire à la place :

  • Urbem captam hostis diripuit. (Littéralement : L’ennemi pilla la ville qu’il avait capturée.)

Parfois, le sujet de l’ablatif absolu est sous-entendu, comme dans l’exemple suivant :

  • Nostros perturbaverunt ; rursus resistentibus (sous-entendu nostris), ad pedes desiluerunt. (Ils jetèrent le désordre parmi les nôtres ; mais comme ceux-ci revenaient à l’attaque, ils mirent pied à terre.)

Le participe de l’ablatif absolu peut très bien se rapporter à plusieurs sujets. Dans ce cas, s’il se rapporte à des personnes, il se met habituellement au pluriel.

Exemple :

  • Uxore filioque sequentibus (Sa femme et son fils venant à sa suite)

S’il s’agit de choses (objets inanimés), il s’accorde habituellement avec le sujet le plus rapproché.

Exemple :

  • Auxiliis equitatuque comparato (Après s’être procuré des troupes auxiliaires et de la cavalerie)

Les particules précisant le sens de l’ablatif absolu

Parfois, surtout chez les auteurs postérieurs à l’âge d’or de la littérature latine, le sens du participe est précisé par une particule.

Exemples :

  • Ut re confecta (Comme si l’affaire était finie)
  • Quamquam deterrentibus amicis (Malgré les remontrances de ses amis)

Les particules employées sont souvent les mêmes :

  • Des particules de temps : vixdum (à peine), statim (aussitôt), simul (en même temps)
  • Des particules causales : quippe / utpote (parce que)
  • Des particules comparatives : quasi ut / velut / sicut (comme si)
  • Des particules concessives : quamquam / etsi (quoique)
  • Des particules conditionnelles : etsi (même si)

L’ablatif absolu avec un nom et un adjectif

Comme le verbe sum n’a ni participe présent, ni participe passé, on peut trouver des ablatifs absolus sans participes, ou plus exactement avec le participe du verbe sum sous-entendu. L’attribut indique alors surtout l’âge ou la fonction.

Exemples :

  • Cicero consule : sous le consulat de Cicéron
  • Me judice : quand j’étais juge
  • Nobis pueris : dans notre enfance
  • Hannibale vivo : du vivant d’Hannibal

Le sujet de tels ablatifs absolus sera alors souvent l’un des mots suivants :

  • Des noms de fonctions : rex, consul, imperator, dux, auctor, judex, testis…
  • Des noms d’âge : puer, adulescens, senex
  • Des adjectifs ou pronoms : hic, ille, tantus, nullus, conscius, frequens, incolumis, invitus, recens, salvus, vivus

L’ablatif absolu avec un participe au neutre singulier

Parfois, un participe neutre à l’ablatif absolu peut avoir comme sujet une proposition entière.

Exemple :

  • Cognito vivere Ptolemaeum (Lorsque l’on eut appris que Ptolémée vivait)

Les participes utilisés dans cet emploi sont souvent les mêmes : audito, comperto, nuntiato, praedicto, edicto. Le participe est même parfois seul :

  • augurato / auspicato : après avoir consulté les auspices
  • jurato : après avoir prêté serment

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